Vendredi 16 mai 2008

Je vous parle d'un temps que les moins de quarante ans ne peuvent pas connaître : la F.E.N. (Fédération de l'Education Nationale) en ce temps là était considérée comme l'administration-bis.

Mais la FEN qu'est-ce ?

Pour aller vite, au moment de la scission CGT/FO en 1947 la FEN-CGT décide de devenir autonome pour ne pas scissionner, en attendant une hypothétique réunification. Mais en son sein coexiste des tendances : U.I.D. (Unité Indépendance et Démocratie), socialisante, majoritaire chez les instits (SNI) et U. A. (Unité et Action), PC, majoritaire dans le secondaire (SNES) (la 3e tendance EE, pour école émancipée, joue un rôle plus marginal). Les syndicats de la FEN sont largement majoritaires, en particulier dans le 1er degré, même s'ils doivent compter avec le sgen-CFDT (bien implanté dans l'Est, en développement dans l'Ouest) et, uniquement chez les profs de lycée, avec le SNALC, syndicat de droite. La FEN fut toujours dirigée par des secrétaires généraux issus du SNI et d'UID.

Or donc, après la victoire de Mitterrand en 1988, Lionel Jospin devint Ministre d'état, Ministre de l'Education Nationale, dans le ministère Rocard. Il engagea,  l'année suivante, des négociations sur la revalorisation des enseignants. Entre temps, les dirigeants de la FEN et les responsables de la commission éducation du PS* (chapeautée par un certain Laurent Fabius, dont Jospin avait fait son ennemi juré) s'étaient mis d'accord sur un compromis liant revalorisation et redéfinition du métier d'enseignant. Le SNES, lui, ne voulait absolument pas entendre parler d'un tel accord.

Michel Rocard, 1er ministre, avait clairement indiqué qu'il ne pouvait y avoir de revalorisation sans contrepartie.

Jospin cependant capitula en rase campagne devant le SNES.

Sur la revalorisation d'abord en créant une hors classe pour les certifiés et agrégés et en y ajoutant une Indemnité de Suivi et d'Orientation des Elèves (ISOE) sans obligations clairement définies. Sur la non création d'un corps de professeurs de collèges (d'égale rémunération avec celui des lycées, mais pouvant enseigner deux matières). Cette deuxième capitulation était lourde pour l'avenir du SNI dont l'objectif affiché était d'étendre son champ de syndicalisation à tout l'enseignement obligatoire (1er degré et 1er cycle du secondaire). Lourde aussi pour la survie des petits collèges.

En lots de consolation, pour le SNI, outre la création des professeurs des écoles (carrière égale à celle des certifiés), une revalorisation substantielle des PEGC.

Mais les dirigeants de la FEN, totalement déconsidérés, ne s'en remettront pas d'autant que le SNES dopé par cette victoire totale fera fi de toute solidarité fédérale prenant le contre-pied de toutes ses orientations. Jusqu'à ce que cette FEN éclate en 1992 et que UID, si elle resta maîtresse de la vieille maison, n'eut plus qu'à contempler des murs désertés. Le SNES, ayant créé une fédération rivale (FSU) avec des syndicats rivaux, vit son nouveau syndicat des enseignants du primaire l'emporter sur l'ex-SNI.

Mais en même temps, le taux de syndicalisation en prit un sérieux coup.

Presque vingt ans après, mais sans aucune contrepartie à proposer (si ce n'est une réduction des postes), la commission Pochard essaie de rattraper ce raté de Jospin (rattrapage, déjà tenté, mais avec quelle maladresse, par C. Allègre, ex-bras droit de Jospin, qui estimait qu'il avait été cocufié par le SNES, SNES qui est ressorti conforté du bras de fer).

 

* J'ai eu appartenu à cette commission nationale, au lendemain du congrès de Metz au titre du Courant C (avec G. Lindeperg et M. N. Lienemann qui, elle, n'y mettait jamais les pieds). A cette époque, elle était animée par Louis Mexandeau et surtout Jean-Louis Piednoir, dans un climat de travail serein qui fournira, en partie au moins, les axes du ministère d'Alain Savary, dont je ne me lasserai pas de dire qu'il fut un des plus grands ministres de l'éducation nationale de la 5e république. Après 1981, l'atmosphère de cette commission devint beaucoup moins respirable quand Luc Soubré en prit la tête.

par J.-F. Launay publié dans : Mémoire communauté : Libre expression
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Mardi 13 mai 2008

Pourquoi Robert Crumb ?

Mauvaise raison : c'est un gâs de la classe (né en 1943). Non, c'est après que je l'ai découvert.

Bien que je n'aie rien contre des beautés sculpturales, aux fessiers rebondis (rien non plus d'ailleurs contre les tanagras aux petits fessiers nerveux), je ne partage pas son émotion pour les mollets super musclés de ses héroïnes.

Déjà l'immortel auteur de Fritz the cat, chat ô combien libidineux, dont a été tiré un film qu'il a désapprouvé (le malheureux Fritz a été la victime de cette désapprobation puisqu'il l'a fait assassiner, tel Trotsky, à coups de pic à glace, portés par une autruche), mérite qu'on lui rende hommage.

D'autant que, las des Etats-Unis, il a élu domicile dans le Gard : un états-unien, obsédé sexuel, qui choisit notre beau et grand pays ne peut pas être tout-à-fait mauvais.

Mais c'est surtout ce goût, quasi maladif, pour l'auto-dérision qui captive.

« Son idéal féminin : une créature plantureuse aux fesses rebondies, à la carrure robuste et aux jambes puissantes - femmes fières, heureuses et dominantes » (d'après Fluctuat Net), en plus caricatural, n'est pas très éloigné des soldates  de Hu-Ming. La vue du puissant mollet d'une camarade de classe provoque les premiers émois de notre dessinateur qui, véritable Jean-Jacques Rousseau de la BD, va nous faire les confessions de ces fantasmes. Il se représente en « créature petite, laide et faible, malheureuse et mesquine qui saute littéralement sur la femme, s'accroche à sa jambe ou s'assoit sur ses fesses. »

Il « aime se présenter comme un repoussant animal libidineux avec un plaisir masochiste ».

Son épouse, que l'on voit dans le petit montage, est aussi dessinatrice. Ils ont ainsi réalisé ensemble une série de dessins (scènes de la vie conjugale ?) qu'ils ont baptisée « linge sale » (Dirty laundry).

Ayant vécu à San Francisco - tout le début de son œuvre a été réalisé sous acide - il a été longtemps pris pour un chantre des hippies. Bien qu'il en ait profité, quand le succès vint, pour mettre dans son lit des jeunes admiratrices en fleurs, il ne s'est jamais reconnu dans ce mouvement.

Ce grand amoureux du jazz, joue du bandjo et de la guitare dans un groupe nommé Les Primitifs du futur, dont il dessine les pochettes de disques.


Tel Lavrate, il se serait attaqué à la Bible, en tout cas la Genèse.

 


 


par J.-F. Launay publié dans : Art et érotisme
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Dimanche 11 mai 2008
Jusqu'à quand, Sarko, abusera-t-il de notre patience ?

Embarras du choix pour les dernières sarkozynades.


L'ex petit courtisan, accueilli comme un membre de la famille chez les Chirac, pour mieux le trahir avec Balladur, s'en prend à son prédécesseur, bouc émissaire un peu incongru de sa dégringolade dans les sondages.


Encore plus cocasse est le procès des médias, la semaine même où Paris Match étale avec complaisance le couple présidentiel. Eh quoi ! TF1 de son ami Bouygues, Le Figaro de Dassault, Europe 1, M6, etc. auraient-ils viré anti-sarko. Mais j'oubliais, l'AFP a envoyé sur les roses un fana-sarko qui voulait faire passer le xième communiqué de l'UMP sur les ennuis de la dame Royal avec ses ex-attachées parlementaires, alors qu'elle (l'AFP) avait déjà fait passer une grossière raffarinade (S. Royal délinquante sociale, pas moins).

Quant on pense à l'ingratitude sarkozyenne qui écarte M'me Chabot de ses entretiens, alors que ladite avait complaisamment offert la première d'une nouvelle émission politique au Ministre de l'Intérieur, la veille du jour où on allait décompter les interventions à la télé des candidats aux présidentielles.

Donc s'il est tombé par terre, c'est la faute à Lagardère, le nez dans son caca, c'est la faute à PPDA.


Non, ce qui provoque mon ire et mon courroux, c'est sa dernière saillie sur l'esclavage à mettre au programme du primaire pour la prochaine rentrée. Nous avions déjà eu droit - impromptu - à la lecture obligatoire de la lettre de Guy Môquet, puis, en pire, au parrainage d'un enfant victime de la Shoah. Mais voilà que ses "nègres" (Guaino ? Gallo ?) en panne de gadget, lui soufflent cette crétinerie : comme le rappelle le Recteur Philippe Joutard, l'esclavage et son abolition sont déjà au programme du primaire !* Pas la peine d'attendre la prochaine rentrée, M'sieu qui fait Président.

Ce qui est affligeant - et c'est là qu'on mesure à quel point notre presse est intransigeante avec le malheureux sarko - c'est qu'à part à FR3, aucun de nos brillants journalistes d'investigation n'a eu la curiosité de jeter un coup d'œil sur les programmes encore en cours, ceux de 2002. On a même pu voir, sur nos étranges lucarnes, une dame députée PS, proche de S. Royal, approuver cette imposture (que font ses attachées parlementaires ?).

Ajoutons qu'à la prochaine rentrée le survol sera obligatoire, puisque, avec des horaires globaux allégés, des horaires de Français et calcul alourdis, les matières autrefois dites d'éveil seront à la portion congrue. Et encore pire en histoire où l'histoire de l'art doit avoir une place spécifique (c'est aussi une foucade de notre Ouf 1er).


Les rétropenseurs triomphants d'un côté, les lubies guainoesques ou gallotiques de l'autre : notre pauvre école est bien mal barrée !


* Alors que dans l'édition papier du lundi 12 mai, Libé se contente de citer la phrase de notre Ouf 1er (sans commentaire), une article sur son site (Enseignement de l'esclavage : encore une mauvaise note pour Sarkozy) redécouvre ce que P. Joutard, qui a participé à l'élaboration des programmes 2002, disait dès Samedi. Il n'est jamais trop tard pour bien faire...

par J.-F. Launay publié dans : humeur communauté : Libre expression
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Mercredi 7 mai 2008
Rassurez-vous, je ne vous raconterai pas "mon" Mai 68 : je n'y étais pas. VSNA (Volontaire du Service National Actif, autrement dit coupant au Service Militaire comme coopérant), je n'ai eu d'échos que dans les nuits où les grandes ondes françaises arrivaient jusqu'à notre transistor à Azrou et que nous écoutions Europe 1 (il me semble qu'un certain Etienne Mougeotte était au cœur de l'événement à cette époque : il a beaucoup évolué depuis).

Non un petit et arbitraire montage d'affiches de Mai et Juin 68, sélectionnées sur un site qui n'en compte pas moins de 280 (http://achard.info/mai/#).

Des dizaines d'artistes ont anonymement conçu ces affiches (environ 500) reproduites en sérigraphies.

Certaines gardent leur actualité. Certes, nous ne sommes plus au temps d'une ORTF qui, comme le rappelait Joffrin, était proche de la radio-télévision soviétique de l'époque. Mais par patrons interposés - copains de Sarko - la droite garde la main mise sur une large part de l'audio-visuel et de la presse écrite.

« Travailleurs, Français-Immigrés Unis », « Non aux expulsions », « Nous sommes tous indésirables » : on comprend que notre Ouf 1er et son valet Hortefeux veuillent liquider Mai 68. Que dire de ce « Halte au chômage » à l'époque pourtant bien modeste par rapport à aujourd'hui ? Plus de CDR ni de barbouzes, mais la répression policière massive et inefficace reste souvent la seule réponse (celle que privilégie l'ex-ministre de l'intérieur qui a démantelé la police de proximité que l'on s'efforce de reconstruire maintenant).

« Sois jeune et tais-toi », surtout si tu es un jeune d'origine allochtone - comme ils disent, les xénophobes honteux - fût-ce de la 3e génération, voire de la xe génération après l'abolition de l'esclavage ! L'affiche sur la hausse des prix est juste à actualiser. Quant aux « conquêtes noyées » (il suffit d'entendre Fillon répéter bêtement qu'il faut faire sauter le « carcan des 35 heures ») et aux profits qui montent : c'est la description exacte de la politique actuelle.

Dans le lot, des scories, bien sûr : De Gaulle comparé à Salazar et Franco, les centrales syndicales vouées aux gémonies, le célèbre « Elections piège à cons » qui trouve encore des échos dans les franges de l'ultra-gauche... Mais reste cette révolte joyeuse symbolisée bien sûr par Dany Cohn-Bendit !

Pour en savoir plus : "Exposition ; dans l'atelier des affichistes révolutionnaires de Mai 68" Le Monde daté du 08/05/08

 




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par J.-F. Launay publié dans : Mémoire communauté : Libre expression
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Mardi 6 mai 2008

Mon précédent article déplorait l'absence de réactions de tibétologues distingués. Elle s'est faite attendre, mais elle est là claire, précise, dans le Libé de ce jour. Elle confirme que Dispot s'est contenté d'accommoder avec son style néo-pompier la propagande post-maoïste Quelques extraits :

 

Réponse sur les liens entre le dalaï-lama et les nazis

Anne-Marie Blondeau directeur d'études émérite, Ecole pratique des hautes études, Katia Buffetrille anthropologue, Ecole pratique des hautes études. Françoise Robin enseignante, Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco), section Tibet et Heather Stoddard professeur, Inalco, section Tibet.


Le mythe de la connexion entre le Tibet et les nazis est une création d'auteurs français : le premier, Teddy Legrand publia en effet en 1933 un roman intitulé les Sept têtes du dragon vert dont un passage fut repris et développé par Louis Pauwels et Jacques Bergier dans leur célébrissime le Matin des magiciens (1960).

Dès les années 30, toutefois, Himmler, dont les idées mystiques et ésotériques étaient très fortement décriées par Hitler pensait que des descendants de l'Atlantide avaient migré pour fonder une grande civilisation en Asie centrale. Il proposa son aide à Ernst Schäfer (1910-1992), chercheur allemand qui désirait monter une expédition scientifique au Tibet. Schäfer refusa les pseudo-chercheurs que Himmler voulut lui imposer et l'expédition ne fut finalement pas financée par les SS.

L'expédition de Schäfer au Tibet (1938-1939) atteignit Lhassa le 19 janvier 1939 et y resta deux mois. Schäfer rencontra le régent, Reting Rinpoché. Sur l'insistance du scientifique allemand qui voulait une preuve de son succès, le régent adressa une simple lettre de courtoisie et quelques présents à Hitler. Malgré cela, il n'y eut jamais de contact officiel entre le gouvernement tibétain et les nazis.

Il semble que Laurent Dispot, dans le texte publié le 25 avril dans Libération, ait confondu deux personnages : Ernst Schäfer, le scientifique, et Heinrich Harrer, l'alpiniste Ce dernier, ayant rejoint les SS en 1938 dans le cadre sportif, quitta l'Allemagne un an plus tard pour une expédition d'alpinisme au Nanga Parbat (aujourd'hui au Pakistan). Il fut capturé, à Karachi, ainsi que tous ses compagnons par les Britanniques, trois jours avant le début de la guerre. Avec un compagnon de captivité, il s'échappa en 1944 et atteignit Lhassa en janvier 1946. La première entrevue entre Heinrich Harrer et le dalaï-lama n'eut lieu qu'en 1949. Ils se rencontrèrent ensuite durant un an avec l'autorisation du gouvernement tibétain qui encourageait ainsi l'ouverture du jeune hiérarque sur le monde extérieur, et ses dispositions pour les connaissances techniques. Néanmoins, aucune source n'a jamais fait apparaître Harrer chargé d'une mission par Hitler. Heinrich Harrer quitta le Tibet en 1951, à la suite de l'invasion chinoise.

Le texte de Dispot, comme tous les autres textes de cette sorte, relève de la théorie du complot. Il n'est pas étonnant qu'au moment des événements tibétains ces idées ressurgissent. Cependant, elles sont infondées scientifiquement.

 

http://www.liberation.fr/rebonds/324777.FR.php

 

N.B. : Deux nouveaux articles – Appel laïque et Pédagocrates – ont été ajoutés au Bêtisier laïciste

 


par J.-F. Launay publié dans : Mises au clair communauté : Libre expression
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Samedi 3 mai 2008

Le 29 avril, sur la page "Rebonds" de Libé je tombe sur une opinion « Le Dalaï Lama et l'honneur nazi ». Du « mao-spontex » pur : on éponge de la propagande post-maoïste et, nous prenant pour des éviers, on l'essore sur nos cerveaux que je n'ose dire affamés  d'âneries.

Qu'importe, me dis-je, in petto : un tibétologue (attention M'sieu Mélenchon  j'ai bien écrit tibétologue, pas tintinologue) distingué va faire pièce de ce poulet. On arrive au 3 mai, rien n'est venu.

D'autant plus surprenant que ce Dalaï Lama crypto nazi arrive un peu comme un cheveu sur la soupe. Eh quoi ! le sieur Dispot qui dispose de la revue de BHL (La règle du jeu) pour nous asséner « L'honneur des catholiques », ne pouvait-il pas y écrire, de longue date, « Le déshonneur du Dalaï Lama » ?

Comme il arrive souvent, le jus propagandiste de l'éponge s'est coloré. Rendons un vibrant hommage à cette réhabilitation du style pompier.

« Heinrich Harrer a accompli sa mission de confiance hitlérienne, malgré la défaite militaire de1945, en la transformant en un logiciel pseudo «spirituel» installé dans des têtes affamées de servitude.

L'«Océan de Sagesse» ne doit pas servir à noyer le poisson de la mémoire et de l'histoire : à relancer en contrebande le «Hitler connais pas» et «la Shoah détail de la Seconde Guerre mondiale». Le négationnisme n'est pas soluble dans les neiges éternelles.

Il jette la Shoah à la poubelle du «karma». »

Ah ! ce logiciel, ces têtes affamées de servitude, cet océan qui noie le poisson, ce négationnisme non soluble dans les neiges éternelles - mais la Shoah et le Karma relèvent plus du style abject que pompier - c'est d'un prudhommesque qui doit réjouir les mânes d'Henri Monnier.

Certes le "logiciel" est un peu anachronique. Il fait partie de ces mots à la mode (le PS doit changer de logiciel, nous assène-t-on, nous les sociaux-traîtres-libéraux et tutti quanti) dont M. Dispot use et abuse (on notera le quasi parallélisme de la phrase suivante avec la phrase ci-dessus) : « Dieudonné M'Bala a eu toute licence d'installer un logiciel de la haine dans les têtes de milliers de spectateurs, dont chacun sert ingénument de profanateur des sépultures mémorielles de la Shoah. »

On notera aussi la propension inquiètante qu'il a à mettre la Shoah à toutes les sauces de sa plume imprécatrice.

Mais il use de procédés plus triviaux. Si j'écrivais - pur exemple - à propos d'un sénateur, laïc pur sucre, mais qui s'est distingué par un amendement imbécile favorisant l'enseignement privé, « ce sénateur auvergnat et magouilleur », il est peu probable que l'amicale des auvergnats de Luçon m'accuse d'assimiler l'ensemble des auvergnats à des tripatouilleurs de votes dans un Conseil général, fût-il du Puy-de-Dôme. « C'est pas de la Realpolitik, ce mot germanique violent », a dit le ministre des Affaires étrangères. Ces deux épithètes, énoncées avec un mépris agressif et théâtral, s'entendaient comme synonymes, associées en pléonasme : « germanique » serait forcément « violent ». Loin de moi, l'idée de défendre Kouchner, l'avaleur de couleuvres, mais ça donne une idée du style de notre chroniqueur. Car à partir de là, il va se déchaîner dans une sorte d'auto-allumage délirant. Ainsi, à propos d'un des trop nombreux dérapages de Frèche, cette fois sur l'équipe de France de foot, trop black selon l'histrion septimaniaque, il se lance à son tour dans un dérapage incontrôlé sur le PS (oubliant d'ailleurs, Finkielkraut et son "équipe de France black, black, black").


Mais revenons à notre Dalaï Lama (fils secret de Hitler ?).

Or donc Harrer, alpiniste autrichien, SA d'abord, puis SS ensuite a bien été un « précepteur » du Dalaï Lama.

A-t-il participé à la « nuit de cristal » ? Faute de références précises, difficile à vérifier. Ce qui est sûr, en revanche, c'est qu'Himmler l'avait envoyé, en 1939, au Cachemire, pour vaincre, pour la plus grande gloire de l'Allemagne nazie, un sommet himalayen de plus de 8000 m. La guerre éclatant, les anglais (l'Inde était sous domination anglaise à l'époque) le font prisonnier. Il s'évade en avril 1944 et, après 2000 km et des dizaines de cols autour de 5000 m se retrouve à Lhassa début 1946, après l'effondrement du nazisme. « Précepteur » certes mais le Dalaï Lama, onze ans à l'époque, est surtout instruit dans son rôle spirituel par des moines tibétains. Il semble bien qu'Harrer ait plus été influencé par le boudhisme Tibétain que l'inverse. Mais avec l'art de l'amalgame qui le caractérise et dans son style si particulier, il faut comprendre que, pour Dispot, l'idéologie nazie d'Harrer s'est transformée en un logiciel pseudo «spirituel» installé dans des têtes affamées de servitude. L'amalgame est poussé au bout de l'absurde quand il écrit : « Son rapport de mission, Sept ans au Tibet, était bourré de mensonges grossiers et de fascination pour le «Führerprinzip» impitoyable du théocratisme lamaïque. » Suivez bien : le bouquin de Harrer, revenu en Europe, est un « rapport de mission » (à qui ? Himmler ? Hitler ?) et en accolant un Fürherprinzip à théocratisme, cela doit suffire à démontrer le caractère nazi du boudhisme tibétain.

En fait, M. Dispot, s'est contenté d'éponger les critiques du très démocratique et néanmoins populaire régime chinois qui ont accompagné la sortie, en 1997, du film de J.-J. Annaud (tiré du bouquin d'Harrer). A noter que Brad Pitt, acteur principal de ce film, est interdit de J.O. par ce très libéral - au point de vue économique, c'est même du libéralisme sauvage - régime.

Que le Tibet ait été soumis à un régime féodal avant la colonisation chinoise est avéré. Mais que tous nos néo-maoïstes veuillent bien nous expliquer en quoi le régime totalitaire, au culte de la personnalité exacerbé, de Mao et suivants a libéré le peuple tibétain !

par J.-F. Launay publié dans : Mises au clair communauté : Libre expression
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Jeudi 1 mai 2008
Je m'apprêtais à dire tout le mal que je pensais d'un « mao-spontex » (éponge à propagande chinoise style Mélenchon) quand, au hasard d'un zappage pour échapper à la Dame Laborde sur la 2, puis à Le Pen sur I-télé, je suis tombé sur la fin d'un documentaire sur la mort de Pierre Bérégovoy à Nevers, il y a quinze ans, sur la chaîne parlementaire. Sobre et clair, sorti il y a cinq ans. Avec cet extrait de l'éloge funèbre de François Mitterrand sur les chiens qui l'avaient poussé au suicide (une des rares taches du canard enchaîné, une des nombreuses taches d'Edwy Plenel, pitbull attaché à sa perte).

Puis, dans un studio ascétique, un échange entre trois témoins. Que dire de Blondel ? sinon moâ, moâ et Beregovoy (quand je l'ai rencontré, je lui ai dit..., quand j'ai été à Nevers l'année précédente...) etc. etc. etc. comme il dit. Retrouver le « mini tonton » comme nous le surnommions impertinemment en 1981 et après, François Loncle, un moment nostalgique et une parole vraie, pour montrer comment Pierre Bérégovoy, qui succédait bien trop tard à la calamiteuse Edith Cresson, prenait sur lui la défaite cinglante des socialistes. Mais, le plus pertinent était Gérard Carreyou qui sut décrire comment Pierre Bérégovoy, s'enfermant dans son honneur bafoué, fut conduit au suicide.

En 1978, ce voisin à l'époque - il venait de Seine-Maritime - fut le principal orateur d'une fête de la Rose à Gaillon dans l'Eure : cet album sera un modeste hommage à ce grand honnête homme.

par J.-F. Launay publié dans : Mémoire communauté : Libre expression
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Dimanche 27 avril 2008

« Pourquoi tant de haine ? », me demande en substance un anonyme folliculaire d'un des torche-culs virtuels qui alimentent le bêtisier laïciste. Pourquoi perdre son temps à dénoncer une telle bêtise, se demandera la plupart d'entre vous ?

« La fausse monnaie chasse la bonne »

Certes, il est osé de comparer l'extrême-droite lepenniste ou la droite extrême villiériste avec une monnaie de bon aloi ! Mais au moins les choses sont claires : les idées qu'ils charrient (racistes pour le premier, xénophobes pour les deux, nationalistes donc  anti-européennes pour les deux aussi, l'immigration zéro en découlant ainsi que la non-régularisation des clandestins...) sont clairement étiquetées, même si la droite plus classique les pille allégrement.

Que notre Vicomte, qui voit des mosquées partout, écrive : « Marre de l'énorme sur-représentation des musulmans dans la criminalité. Est-ce vrai, ou est-ce faux ? Un journaliste a-t-il le droit de faire le reportage diffusé à la télévision, en disant que 60 % des prisonniers*, en France, pratiquent l'islam, ou bien, pour reprendre l'argumentaire du Mrap, n'attaque-t-il pas, ainsi, de manière univoque, une partie de la population ? », reprenant pour démarrer les propos d'un collègues batave, ne nous surprendra pas. Mais que ce soit de prétendus RRRRRépublicains étonne (pour rester dans l'euphémisme). Comment les mêmes qui s'indignent de statistiques ethniques, admettent des décomptes faits sur la base d'appartenance religieuse ? Et surtout - abjection votre déshonneur de pseudos laïcs - que veulent-ils insinuer sinon que la religion musulmane est criminogène ? Aux Etats-Unis, la majorité des détenus sont noirs : nos RRRRRépublicains, français de souche, vont-ils en déduire que la couleur de la peau est criminogène ?

A tort ou à raison, dans mon modeste deblog notes, je crois nécessaire de combattre avec détermination ces faux-monnayeurs qui répandent une monnaie de droite extrême en voulant nous faire croire qu'elle est d'un aloi « laïque et républicain ».

 

* Une proportion importante des prisonniers sont en détention provisoire (donc présumés innocents) et parmi eux des immigrés clandestins qui n'ont commis d'autre crime que d'espérer gagner leur vie dans notre douce France.

Dans le même style voir Histoire belge et angélisme

 


par J.-F. Launay publié dans : Mises au clair
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Vendredi 25 avril 2008

Salut et fraternité,

Fils, petit-fils et arrière, je suis en possession d'une trentaine de cartes postales (le patrimoine familial) datant du début du siècle dernier, parues dans Le Corbeau, dans L'assiette au beurre et autres revues de la même eau. Je suis disposé à les mettre à ta disposition pour publication (après retouche car elles ont jauni avec les ans). A la condition qu'elles me reviennent.

Nous sommes mercredi (le jour du Canard), je pars demain matin [...]
Affaire à suivre.
Amitiés, GB.


Tel est le message reçu à la suite de la mise en ligne de l'article sur L'assiette au beurre.

Et dès jeudi, je recevais une bonne quarantaine de cartes postales datant du début du XXe siècle.



Huit d'entre elles ont été éditées par René Godfroy, venu à l'anticléricalisme au moment de l'Affaire Dreyfus. En 1905, il réimprime des dessins de Lavrate, collaborateur du Monde Plaisant, mort en 1888. Lavrate, contrairement à beaucoup de ses collègues caricaturistes, ne vise pas le Jésuite, symbole du cléricalisme, mais s'en prend à tout un clergé viveur et paillard, dans la veine rabelaisienne (souvenons-nous de Frère Jean des Entommeures qui préférait le service du vin au service divin). Il s'en prend même aux « saintes écritures » avec une Bible pour rire.



Mais, l'essentiel de ce fond, dû à un grand-père Franc-maçon, est formé de cartes postales éditées par Les Corbeaux, revue qui paraît en France en Avril 1905, mais qui était née en Belgique l'année précédente.

 


La rédaction sera formée de libres penseurs militants. Non content de publier son hebdomadaire, son fondateur, Didier Dubucq, édite aussi 150 cartes postales pendant les cinq années de parution. « A partir d'octobre 1907, les cartes postales présentées comme « les plus pétaradantes, les plus rigouillardes, les plus catapulteuses, les plus époilantes et les plus pharamineuses » sont vendues par séries de 12, 24 ou 42 voire 64 unités. » (Guillaume Doizy)


Reste deux cartes - sans aucune mention d'édition. L'une, signée lbille, intitulée Le schisme et datée de 1906 semble représenter le petit père Combes, agenouillé, pour recevoir une mitre papale (d'inspiration gauloise), Aristide Briand tenant les deux pans de la queue de pie. L'autre signée Les XX - intitulée La Religion Nouvelle en France présente aussi la séparation de l'église et de l'état comme un schisme qui substituerait au pape le Veau d'or, symbolisé par une tête de veau sur le front duquel s'inscrit RF .'., qui signifie République Française Franc-Maçonne. Elle peut être d'inspiration anarchiste (Jossot et Grandjouan, dans l'Assiette au beurre, sont assez critiques avec les Francs-maçons) ou socialiste, la lutte anti-cléricale détournant la classe ouvrière du combat contre les patrons. Mais la présence de cette carte postales chez le grand-père Franc-maçon peut surprendre.

 

NB Un des dessins fait allusion aux petits « papiers de Montagnini » : ce Montagnini était secrétaire de la nonciature à Paris ; il fut accusé par Clemenceau d'avoir inspiré les sermons séditieux de trois curés parisiens ; après sa fuite, on saisit les documents : les fameux « papiers de Montagnini ».

Le petit montage ci-dessous (accompagné par soeur Sourire) donne un échantillon de ce fond. Son intégralité est sur l'
album


par J.-F. Launay publié dans : obscurantisme
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Samedi 19 avril 2008

 

L'ASSIETTE AU BEURRE (1901-1912), parfois qualifiée de "brûlot anarchiste", anti sabre et anti goupillon, mais aussi anticolonialiste, illustre ici la fin du concordat, c'est-à-dire la séparation de l'église et de l'état (loi de 1905) dans un esprit très bouffeurs de curés, puis les difficultés des "inventaires" où aristocrates et clergé mobilisent un paysannat soumis pour faire échec aux représentants de la République.

 

Le concordat - qui survit en Alsace et Moselle - faisait des ministres des cultes (catholique, protestant et juif) des salariés de l'état. Pour l'Assiette au beurre sa rupture devait aboutir à priver le clergé de ressources. Ainsi l'évêque qui sent le tapis glisser sous ses pieds s'écrie « Je voudrais bien être sénateur inamovible » ; les curés se heurtent à un guichet fermé où le fonctionnaire ironique leur dit « Désormais c'est au ciel qu'il faudra vous adresser, messieurs les curés » ; dorénavant « chacun paiera son culte ». Les envoyés à Rome reviennent déconfits et sac vide : Le Saint-Père leur a dit textuellement : « Mon cher fils, je reçois de l'argent, mais je n'en donne pas. Payez-vous sur la bête ... c'est-à-dire sur les fidèles. »


 « L'eau bénite est hors de prix » confie une paroissienne à sa voisine ». Deux amoureux, surpris dans les champs par le curé, se voient proposer « au rabais » « deux absolutions et un baptême » pour 15 francs. Un évêque sollicite une place de « sous inspecteur des monuments historiques ». Un curé ouvre une agence matrimoniale où il essaie de placer un « ancien enfant de cœur (sic) ». Un autre « régénéré par le travail » se voit accueilli par une bienveillante républicaine, symbolisant la République, qui lui dit « entre, maintenant que tu es devenu un homme ».  Les habitants des villes et des villages s'approprient les églises « bien de la nation ». Enfin un défilé de « croyants » de toute espèce (y compris francs maçons) illustre cette pensée : « Hors des églises, point de salauds » (pensée, au demeurant, bien optimiste, hélas). L'Assiette au beurre se situe là, dans l'optique de ceux, qui contrairement à Aristide Briand, voyait dans la loi de 1905 une étape dans l'éradication de tous les cultes.

La deuxième partie est beaucoup moins optimiste, mais décrit assez bien le climat des inventaires des biens des églises en 1906. « Poussez ma sœur, c'est pour la bonne cause », encourage le curé qui fait bloquer la porte de l'église. Quand, d'aventure, l'inventaire est fait, on s'aperçoit qu'en vil plomb l'or s'est transformé. Le curé en chair et en chaire fait croire à ses paroissiens que leurs biens sont menacés. Une troupe de paysans armés de fourches monte la garde nuitamment, tandis qu'une femme se glisse dans l'église pour « consoler » le curé. Une matrone imposante au milieu d'un groupe peu amène proclame : «Pour toucher au Bon Dieu, il faudra nous passer sur le corps ! ». Un marquis, en jugement entre deux gendarmes, se voit apporter une chemise propre par son valet de chambre. Quant à l'officier qui commande la troupe chargée de faire ouvrir l'église, il déclare : « Je ne veux pas enfoncer le portail d'une église où se trouve le Saint Sacrement. Je n'ai jamais enfoncé que les portes de la Bourse du Travail ! ».  Un gras évêque lit une protestation à un préfet à terre qu'il tient sous son pied. Mais la planche qui décrit sans doute le mieux le climat de ces inventaires est celle intitulée «Un nouveau sport » où l'on voit des aristocrates observer de loin leurs paysans, avec cette légende : « Avec les paysans comme rabatteurs chacun peut s'offrir avec des invités une jolie chasse au sous-préfet ! ».

La plupart de ces planches ont été mises en ligne par Mme Tiphaine Le Yoncourt, professeur à l'Université de Rennes 1, mais on peut trouver un très large échantillon des productions de l'Assiette au beurre sur http://www.assietteaubeurre.org/.

A la même époque on trouve « A bas la calotte »ou "Les Corbeaux" plus spécialisés, comme leurs titres l'indiquent (on trouvera un petit montage de leurs planches à la fin de l'article sur Aristide Briand).

Le petit montage qui suit est une introduction à la page de planches de l'Assiette au beurre (cf sur la colonne de droite "Albums photos" où vous trouverez  les planches et leurs légendes)

 


 



par J.-F. Launay publié dans : obscurantisme
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