Mardi 10 novembre 2009


Vous avez aimé Lefebvre, vous allez adorer Raoult !

Le député-maire UMP de Raincy, grand copain de l’ex-Iman Rouge, André Gérin, dont il a préfacé( ?) son œuvre( ?) et qui est rapporteur d’une Mission parlementaire sur le voile intégral que son ami Gérin préside, aura besoin d’un bon nègre pour son rapport. En effet, il vient de poser une question écrite au Ministre de la culture qui démarre ainsi : « Monsieur Éric Raoult attire l'attention de M. le ministre de la culture et de la communication sur le devoir de réserve, dû aux lauréats du Prix Goncourt ». Traduit en Français courant cela devrait vouloir dire que d’aucuns (fonctionnaires ou assimilés, car le devoir de réserve ne s’applique qu’à eux) auraient manqué à ce devoir à l’encontre de lauréats du Prix Goncourt. Or, ce grotesque personnage veut dire tout l’inverse.

Dans l’ignominie, il avait déjà fait fort, en accusant une journaliste du Monde de sectarisme à l’égard du très démocratique régime de Ben Ali. Dans un entretien accordé à « berbère.TV », il avait déclaré . "Quand un certain nombre d’observateurs français font de la provocation à l’égard du président Ben Ali, ils savent que quand ils arrivent à Tunis on les remet dans l’avion (…) On ne peut pas écrire dans son journal que la femme du président est une …[moue significative] ou que le président est un… [remoue](…). Elle a fait utiliser ces mots par d'autres personnes à l'intérieur de son article." Or les termes qu’il prête à Florence Baugé, expulsée de Tunisie, sont une pure invention ! "Eric Raoult me prête des propos inventés et gravement diffamatoires. Qui plus est, je ne parle pas une seule fois de Ben Ali dans mon article."

Ce sympathique personnage dont la démarche laisse à penser qu’il a dû attraper des oreillons tardifs (est-ce la cause de son évidente misogynie ?) s’en prend donc avec ses difficultés de maîtrise du français, à Marie NDiaye, prix Goncourt 2009. Quel manquement à un devoir de réserve tout aussi inventé que les propos qu’il prête à une journaliste du Monde a-t-elle commis ? Dans les « Inrockutibles » du 30 août 2009, à la question posée dans l'entretien incriminé,« Vous sentez-vous bien dans la France de Sarkozy ?», Marie NDiaye avait en effet donné cette scandaleuse réponse : « Je trouve cette France-là monstrueuse. Le fait que nous [avec son compagnon, l'écrivain Jean-Yves Cendrey, et leurs trois enfants ] ayons choisi de vivre à Berlin depuis deux ans est loin d'être étranger à ça. Nous sommes partis juste après les élections, en grande partie à cause de Sarkozy, même si j'ai bien conscience que dire ça peut paraître snob. Je trouve détestable cette atmosphère de flicage, de vulgarité... Besson, Hortefeux, tous ces gens-là, je les trouve monstrueux.

Je me souviens d'une phrase de Marguerite Duras, qui est au fond un peu bête, mais que j'aime même si je ne la reprendrais pas à mon compte, elle avait dit : "La droite, c'est la mort". Pour moi, ces gens-là, ils représentent une forme de mort, d'abêtissement de la réflexion, un refus d'une différence possible. Et même si Angela Merkel est une femme de droite, elle n'a rien à voir avec la droite de Sarkozy : elle a une morale que la droite française n'a plus. »

Et ce sont donc ces propos qu’il découvre deux mois après, qui, à la suite son contre-sens introductif lui font écrire : « En effet, ce prix qui est le prix littéraire français le plus prestigieux est regardé en France, mais aussi dans le monde, par de nombreux auteurs et amateurs de la littérature française. A ce titre, le message délivré par les lauréats se doit de respecter la cohésion nationale et l'image de notre pays. Les prises de position de Marie Ndiaye, Prix Goncourt 2009, qui explique dans une interview parue dans la presse, qu'elle trouve "cette France [de Sarkozy] monstrueuse", et d'ajouter "Besson, Hortefeux, tous ces gens-là, je les trouve monstrueux", sont inacceptables.

Ces propos d'une rare violence, sont peu respectueux voire insultants, à l'égard de ministres de la République et plus encore du Chef de l'État. Il me semble que le droit d'expression, ne peut pas devenir un droit à l'insulte ou au règlement de compte personnel. Une personnalité qui défend les couleurs littéraires de la France se  doit de faire preuve d'un certain respect à l'égard de nos institutions, plus de respecter le rôle et le symbole qu'elle représente. C'est pourquoi, il me paraît utile de rappeler à ces lauréats le nécessaire devoir de réserve, qui va dans le sens d'une plus grande exemplarité et responsabilité. Il lui demande donc de lui indiquer sa position sur ce dossier, et ce qu'il compte entreprendre en la matière ?»

C’est d’une totale et absolue débilité. L'entretien avec Marie NDiaye a eu lieu avant l'attribution du Prix. Le prix Goncourt, pour prestigieux qu’il soit, est totalement privé.  Le ministre de la culture n'a donc aucun pouvoir ni sur le Goncourt, ni sur le Renaudot, ni... Leurs lauréats ne sont tenus à aucun devoir de réserve mais gageons qu’après ces infâmes propos de Raoult, Marie NDiaye va être la cible de tous les UMPistes bornés (pléonasme).

Espèrons que Frédéric Mitterrand aura assez de courage et d’esprit pour rappeler au député que certaines libertés, comme la liberté d’expression, si elles sont interdites chez son ami Ben Ali, sont encore autorisées dans notre pays, y compris pour les Prix Goncourt !

Par J.-F. Launay - Publié dans : humeur - Communauté : PARLONS FRANCHEMENT
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Jeudi 5 novembre 2009


L’omniprésident nous refait le coup de la repentance !

 

Dans un entretien accordé, début juillet, sur convocation, à Olivennes et Labro du Nel Obs, il avait regretté la période « bling-bling » (Fouquet’s, Rolex, Paloma, vacances états-uniennes, etc.), le casse-toi pauvr’con et l’humiliation de Joffrin dans son unique conférence de presse ; plus tard, il conviendra que « coupable » n’était pas le bon mot pour désigner le « prévenu » Villepin. Et maintenant, dans un objet journalistique non identifié, un entretien accordé à quelques journalistes, ni « off », ni  officiel, il concèderait que la candidature du Prince Jean à la tête de l’EPAD n’était pas opportune. Il faut rappeler qu’à chaque fois, les courtisans récitaient l’argumentaire concocté à l’Elysée pour tenter de justifier la dernière bourde d’UBU président. Ils ont l’ait fin Bertrand, Jego, Amara et les autres, avec leur délit de patronyme, discrimination, fascisme même...

 

Mais avec le simulacre d’entretien du Nel Obs, il voulait surtout, changer son image, faire croire qu’il était passé du libéralisme échevelé (modèle Thatcher-Reagan) à un colbertisme inspiré. Mais non, dans sa campagne électorale, il ne dénonçait pas le modèle social français, juste ses abus. Avec la modestie qui le caractérise, il proclamait : « La France a été le premier pays à réagir (à la crise). En Septembre 2008, j’appelle devant les Etats-Unis à un nouveau Bretton-Woods » ; mieux encore : « Le plan vert français est le plus ambitieux au monde…la France a montré le chemin en Europe

Mieux encore, sous l’influence présumée de Carla Bruni, le contempteur de La Princesse de Clèves, l’admirateur de Bigard, accomplit une véritable mue intellectuelle et culturelle : il découvre Visconti, il se met à lire des livres, des vrais, des littéraires (on ne nous dit pas s’il a enfin lu celui qu’il a signé sur Georges Mandel). L’Express ira jusqu’à parler de Révolution culturelle

Pour la droite traditionnelle, c’est la néfaste influence de Carla qui l’a poussé à choisir le neveu Mitterrand et à le laisser dire qu’il approuvait le soutien à Polanski. En représailles, à la suite de la fille Le Pen, tous les cagots des ligues de vertu, de la même engeance que ceux qui rasaient le crâne des femmes à la Libération, ont ressorti un livre de 2005, dont personne ne s’était préoccupé au moment de la nomination du Ministre de la Culture.

Qui trop embrasse, mal étreint ! À vouloir flirter, très légèrement, à gauche, il déçoit et inquiète son électorat de base. Il n’a pas élu le pourfendeur de mai 68, pour qu’il choisisse un homosexuel à la culture, surtout si celui-ci défend un cinéaste sulfureux. Il n’a pas élu celui se posait en défenseur des valeurs du mérite et du travail, pour qu’il pistonne un fiston flemmard ni qu’il dilapide l’argent du contribuable dans des dépenses somptuaires.

Retour donc aux vraies valeurs, retour donc aux grands thèmes éternels de sa campagne électorale : lutte contre la récidive (on en est pourtant à la xième loi), contre l’immigration et bien sûr contre l’insécurité. MAM, sans doute parce qu’elle se sent la plus fragile en tant qu’ex-chiraquienne, saute sur un fait-divers pour jouer cyniquement sur l’émotion : nouvelle loi sur les délinquants sexuels avec castration chimique et pourquoi pas physique. Besson, le traître et fier de l’être, emboîte le pas en lançant – sur instructions des communicants de l’Elysée – un grandébat sur marseillaise, burqa et charters, pardon sur l’identité nationale. Hortefeux, le fidèle lance l’idée d’un « couvre-feu » qu’il sait inapplicable.

Mais il se peut que même les électeurs de droite les plus obtus commencent à voir les ficelles. Difficiles de faire croire que si la délinquance augmente encore, malgré de multiples lois, c’est de la faute à la gauche laxiste, qui n’est plus au pouvoir depuis 2002. Avec le prétendu grandébat bessonien, le calcul est grossier : c’est le traître lui-même qui va en tirer les conclusions (on peut les deviner : grand couplet sur la France généreuse qui, au fil des siècles, a su accueillir, intégrer, assimiler des populations étrangères, mais, vraie conclusion, qui doit bien sûr savoir se protéger de migrants nouveaux) à la veille des régionales. Difficile de ne pas voir la manœuvre.

Surtout, la droite parlementaire, se fissure. Une partie d’entre elle est lasse, non seulement des avanies que leur fait subir un petit chef bilieux et coléreux mais aussi et surtout de ces décisions hasardeuses, comme la suppression de la taxe professionnelle, ou difficilement défendables, comme le projet de réforme territoriale. Les plus lucides voient aussi que celui qui fait président mène le pays à la faillite.

Paradoxalement, c’est peut-être l’affaire Clearstream qui l’a le plus desservi, auprès des politiques. Son acharnement quasi maladif et le fait de se constituer partie civile (alors qu’il est censé être la magistrat suprême, au dessus donc des parties), aggravé par l’attitude d’un avocat arrogant et d’un procureur trop visiblement aux ordres, ont abouti à ce que ce soit son ennemi, de Villepin, qui sorte de cette affaire auréolé de la couronne du martyr, comme le remarque Marianne ! Il n’a plus la main, le petit homme, pensent les élus.

Rien n’est joué. Un bon fait divers bien saignant ou une émeute de banlieue bien brûlante et on peut faire confiance aux médias pour orchestrer et à la clique sécuritaire pour exploiter. La division de la gauche, dont les équipes à la tête des régions partent en ordre dispersé, avec une extrême gauche plus prompte à cogner sur la gauche en responsabilité que sur la droite, risque de mettre en route la machine à perdre.

Ça sent le pâté, pour Sarko… mais pas obligatoirement la pâtée.

Par J.-F. Launay - Publié dans : Mises au clair - Communauté : PARLONS FRANCHEMENT
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Mercredi 4 novembre 2009





Image d'archive+montage MLF
Par J.-F. Launay - Publié dans : humeur - Communauté : PARLONS FRANCHEMENT
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Vendredi 30 octobre 2009

Puis-je avouer que je ne connaissais pas le seul Prix Nobel de Littérature (1998) Lusitanien, José Saramago ?

Mais une « lettre de Lisbonne » intitulée « Quand un prix Nobel s’en prend à Dieu » va m’inciter à réparer cet oubli. Ce Nobel vient de sortir, sous le titre Caïn, en portugais bien sûr, mais aussi en espagnol et catalan, un livre inspiré de la bible.

De l'avis de l'auteur lui-même, aucun de ses précédents livres n'avait été teinté d'autant d'humour. Ainsi, l’ange, envoyé par Dieu en dernière minute pour arrêter le bras d'Abraham, arrive trop tard pour sauver le fils... à cause d'une avarie à l'aile droite.

On imagine l’effroi des autorités religieuses devant cette version des épisodes d’une bible dominée par la violence et le sexe, bible qui selon lui est «un recueil de mauvaises mœurs» et «un catalogue de cruautés». Déjà, son « Evangile selon Jésus Christ », où il décrivait un Jésus perdant son pucelage dans les bras de Marie-Madeleine (une « aventure sentimentale » écrit pudiquement le journaliste du Monde), l’avait obligé à s’exiler à Lanzarotte aux Canaries espagnoles.


Il n’absout pas « Caïn, qui a effectivement tué son frère [Abel], mais qui pour moi ne peut être vu comme une sorte de personnification du mal », ajoutant « Au fond, c'est Dieu le vrai responsable. Dieu, qui devrait respecter l'un et l'autre, chacun dans son travail, a méprisé l'un et mis en valeur l'autre. L'attitude de Dieu est impardonnable » « Caïn a été humilié par Dieu, et il tue son frère parce qu'il est dans l'incapacité de tuer Dieu. »

Le porte-parole de la Confédération épiscopale portugaise, Manuel Morujao, le rabbin de Lisbonne, Eliezer di Martimo, le théologien catholique Joaquim Carreira das Neves l’ont accusé qui de vouloir se faire de la publicité par un scandale, qui de ne pas savoir lire la bible.

«L'Eglise aimerait placer un théologien derrière chaque lecteur de la Bible pour expliquer que ce qu'il est en train de lire doit être interprété de manière symbolique, a rétorqué l'écrivain lors d'une conférence de presse. Dans la Bible, on trouve de la cruauté, de l'inceste, de la violence en tous genres, des carnages. Cela est incontestable, mais il suffit que je le dise pour susciter cette polémique.» Loin de chercher à apaiser les esprits, il a ajouté que « Le Dieu de la Bible est vindicatif, rancunier, mauvais et indigne de confiance ». «Les hommes ont créé Dieu à leur image et ressemblance, c'est pourquoi il est si cruel, mauvais et vindicatif. » « Dieu n'existe pas. C'est l'humanité qui a inventé les dieux... Dieu quand il existe, il existe dans nos têtes. Nous avons inventé la divinité et à partir de là, s'est établie une relation maladive entre le créateur, dans ce cas l'homme et la créature, Dieu ».

 

Un eurodéputé portugais conservateur, Mario David, vice-président du Parti populaire européen (PPE), a été jusqu’à demander à l'écrivain, «devant tant de honte», de renoncer à sa nationalité portugaise !

À 87 ans, José Saramago est plus que jamais combattif. Il ferraille contre « le néomédiévalisme universel» de Benoît XVI, met en garde contre le risque d'une « résurgence du fascisme en Europe ». Depuis des mois, sa cible privilégiée est Silvio Berlusconi, le président du conseil italien, qualifié dans une tribune publiée en juin par le quotidien El Pais de «virus menaçant d'être la cause du décès moral du pays de Verdi ».

 

José Saramago, un homme indigné. Voilà l’épitaphe que le célèbre écrivain voudrait voir inscrite sur sa tombe.

Par J.-F. Launay - Publié dans : Mises au clair - Communauté : PARLONS FRANCHEMENT
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Mercredi 28 octobre 2009

Avec Judas, pardon Besson, on n’est jamais déçu. Toujours mieux et toujours plus dans l’ignoble !


Après le démantèlement de la « jungle de Calais », il a donné dans le renvoi d’Afghans dans leur pays en guerre. Mais l’infatigable traître, nous sort – un peu pour chasser la désastreuse affaire du Prince Jean, beaucoup pour resiphonner les voix frontistes (et donner un peu de grain à moudre au Vicomte Le Jolis de Villiers de Saintignon, le rallié, qui doit avaler la couleuvre de la réforme territoriale) – un débat sur l’identité nationale. Débat qu’il commence à trancher avant même de l’avoir lancé. Ainsi, comme son nouveau maître, il déclare que la burqa serait contraire « aux valeurs de l’identité nationale » (dont on avait cru comprendre qu’elle était l’objet du débat). Aphatie, l’interviewer agréé de l’UMP, tout esbaudi de déclarer « c’est fort, ce que vous venez de dire. Vous pouvez répéter ». Lui a-t-il rappelé qu’il y avait une « Mission parlementaire sur le voile intégral » et que cette péremptoire déclaration pouvait passer pour du mépris à l’égard de ses travaux ? Pour faire bonne mesure le Ganelon nous a fait un couplet sur la Marseillaise que chaque écolier devrait chanter au moins une fois dans sa scolarité !


Alain Juppé cite Renan : “L’homme n’est esclave ni de sa race, ni de sa langue, ni de sa religion, ni du cours des fleuves, ni de la direction des chaînes de montagnes. Une grande agrégation d’hommes, saine d’esprit et chaude de coeur, crée une conscience morale qui s’appelle une nation.

L’essence d’une nation est que tous les individus aient beaucoup de choses en commun, et aussi que tous aient oublié bien des choses…Aucun citoyen français ne sait s’il est burgonde, alain, wisigoth…”

Une nation est un principe spirituel, une famille spirituelle, non un groupe déterminé par la configuration du sol.” Il conclut : « Tout est dit. A quoi bon relancer un débat ? »

 

Joffrin dans Libé, feint de ne pas voir que, lancé par ce tartuffe, le débat pré-cadré, ne peut que donner, comme le relève l’Huma, dans « l’offensive sur le thème bien connu des immigrés qui poseraient problème à l’identité de la France. » Il a certes raison d’affirmer que « La France future sera tissée, en même temps que de christianisme ou de laïcisme, de culture musulmane, d’esprit africain ou de tradition ultra-marine. Ces apports sont un enrichissement et non une menace. Se contenter de dénoncer la burka, ce qui peut certes se comprendre, c’est refuser de voir cette réalité nouvelle et à bien des égards positive. La dénonciation du communautarisme - fondée en théorie - finit par couvrir une forme d’allergie à la différence. La France est d’ores et déjà plurielle. On ne saurait le nier, à l’heure de l’Europe et de la mondialisation, qui sont par nature mélange et métissage. »

 

Mais compter sur Besson, bien que né au Maroc de père français et de mère libanaise, ou Sarkozy, bien que né de père hongrois et comptant une grand-mère grecque dans ses ascendants, pour mener une réflexion de ce type, c’est faire preuve d’une naïveté qu’on ne soupçonnait pas chez lui.

 

Gageons qu’Hortefeux, bien que son bilan soit calamiteux, lancera aussi le débat sur la sécurité, à l’occasion d’un fait-divers bien saignant, juste avant les régionales !

Par J.-F. Launay - Publié dans : Mises au clair - Communauté : PARLONS FRANCHEMENT
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Dimanche 25 octobre 2009

Souvenez-vous début août, la laïcité était une fois de plus en danger : M. André Gérin, ex-maire, venait de croiser sur un marché de Vénissieux des femmes en burqa (plus sûrement en niqâb). Celui que les laïcards avaient surnommé l’Iman rouge (car Maire il feignait de soutenir un projet de mosquée), un coco donc, recevait le soutien de l’UMP à commencer par Eric Raoult, adepte de la peine de mort. Avec ces appuis, il s’est retrouvé président d’une Mission parlementaire sur le voile intégral (dont Raoult est le rapporteur).


La bulle « politico médiatique » -comme dit celui qui fait président – a gonflé, plus que la grenouille de La Fontaine, en août ! Elle s’est dégonflée, sans bruit. Mais gageons que, quand un trou dans l’actualité émotive ou un fait-divers quelconque se présentera, la bulle se regonflera.



En attendant, au lieu de se coincer la bulle, les membres de ladite mission poursuivent leurs auditions. Ainsi, le 21 octobre, ils ont dû se fader un parpaillot, titulaire de la seule chaire qui traite de laïcité, l’horrible, que dis-je, l’abominable Jean Baubérot  (honni des laïques, les vrais, auto-estampillés). Ils n’ont pas été déçus de l’audition, les membres de la Mission.


« Le savoir disponible sur le voile intégral montre que celles qui le choisissent le relient à une contestation, une prise de distance maximale, un refus de la société.

Une société qui refuserait d’être critiquée ne serait plus démocratique. Pour autant le voile intégral n’est certainement pas la bonne manière de mener une mise en question. » Il faut avouer qu’il démarrait mal, car contrairement à des maires précédemment audités, dont certains avouaient que le voile intégral était inexistant sur leur commune, il introduisait sournoisement comme un brin de pensée dialectique dans le débat.


« Partons d’un constat : Le port du voile intégral provient de plusieurs raisons, conjointes ou non.

Il peut signifier, explicitement ou implicitement, que la société est ressentie comme une menace, dont il faut se protéger au maximum.

Il peut constituer une façon d’affirmer, avec une visibilité hypertrophiée, une identité radicale face à ce qui est perçu comme une uniformisation sociale, un primat de la logique de l’équivalence sur des valeurs morales et religieuses.

Il peut manifester une volonté de « retour aux origines », liée à une lecture littéraliste de textes sacrés, séparer le « pur », c'est-à-dire ceux qui seraient les vrais croyants, et « l’impur », l’ensemble de la société.

Il peut également être une manière extrême de retourner un stigmate face à des discriminations ressenties. » Comme disait, je crois, l’ado attardé qui fait président (et qui lui a dit sans ambages que le « voile intégral, ce n’est pas fait pour nos « climats »), le sociologue essaie d’expliquer l’inexplicable, sans doute pour justifier l’injustifiable !


« Le souci de la pureté se manifeste aujourd’hui de façons multiples, dans diverses croyances religieuses et non religieuses. Une certaine façon de mettre en avant la laïcité participe même de cette logique. » ajoute-t-il, aggravant son cas.

Mais ce n’est rien à côté de ce qui va suivre : « La première et la plus forte exigence de laïcité concerne la République elle-même, qui doit être indépendante des « religions et des convictions » philosophiques particulières, n’en officialiser aucune, assurer la liberté de conscience et l’égalité dans l’exercice du culte.

L’application de ces principes connaît toutefois, en France, certaines dérogations.

Ainsi, en Alsace-Moselle, malgré l’article 2 de la loi de 1905, il existe 3 « cultes reconnus » : catholicisme, judaïsme, protestantisme. 

Les lois de séparation elles-mêmes, votées de 1905 à 1908, prévoient une mise en pratique accommodante, puisque (entre autres) elles autorisent la mise à disposition gratuite et l’entretien d’édifices du culte existant alors.

Mais l’islam n’était pas présent dans l’hexagone. Et, sans intention discriminatrice, la République peine pourtant à réaliser l’égalité entre religions, au détriment de l’islam.

Malgré certains progrès,  elle est encore loin d’y parvenir. » N’est-il pas en train de mettre en doute le principe sacro-saint – car il faut savoir que pour nos super-laïques, qui ignorent tout d’Aristide Briand, les 2 premiers articles de la loi de 1905 sont sacrés – du non financement des cultes ?

 

« La laïcité est régulièrement invoquée face au voile intégral. Les exigences de laïcité sont, en fait, très différentes suivant les secteurs de la société. Dans son Avis de 1989, le Conseil d’Etat interdisait un port ostentatoire de signes religieux à l’école publique qui serait lié à des manifestations de prosélytisme, mais tolérait un port ne s’accompagnant pas de comportements perturbateurs. 

La loi de mars 2004 est allée plus loin, pour l’enseignement primaire et secondaire, mais – significativement - pas pour l’Université où les personnes sont majeures. Elle a donc introduit une dérogation, dont les effets se sont avérés ambivalents puisque cela a notamment induit un processus de création d’écoles privées à « caractère propre » musulman. »

« Cela montre en tout cas que les conséquences d’une loi ne sont jamais univoques et que certaines n’ont pas été, sur le moment, forcément totalement prévues. » Voilà donc, à nouveau, ce Baubérot maudit, seul membre de la commission Stasi à s’être abstenu sur l’idée de proposer une loi sur les signes religieux (entendez le foulard dit « islamique ») à l’école, qui en remet une couche. 

« Un troisième secteur de la société est l’espace public de la société civile, qui est à la fois un prolongement de la sphère privée et un lieu de débat, de pluralisme, de grande diversité d’expressions. Là, l’exigence principale de la laïcité consiste à assurer la liberté. Liberté et pluralisme dont nous avons une conception plus large qu’il y a 50 ans.

Est-ce à dire, pour autant qu’il n’y aurait aucune exigence de laïcité dans cet espace public de la société civile, et dans la sphère privée ? Je ne le pense pas.

Le Préambule de la Constitution donne les principes qui forment l’idéal de notre république, parmi lesquels l’égalité des sexes.

Chacun sait bien qu’il y a une distance entre réalité idéale et  réalité empirique.

L’objectif consiste à agir sans cesse pour réduire cette distance. Comment le faire ? Il est nécessaire d’opérer une distinction entre l’irréversible et le réversible. 

L’irréversible atteint l’individu dans sa chair, dans son être même.

Il induit une sorte de destin.

La puissance publique doit empêcher, autant que faire se peut, l’irréversible de se produire pour que les individus qui le subiraient ne se trouvent pas marqués à vie, pour qu’ils puissent avoir librement des choix personnels.

L’excision constitue un exemple-type d’irréversible.

La loi peut contraindre et réprimer. 

Pour le réversible, le respect de la liberté individuelle est une priorité, priorité limitée seulement par un trouble manifeste à l’ordre public démocratique ou par une atteinte fondamentale aux droits d’autrui.

Le réversible, concerne l’extérieur de la personne : ainsi, quelque couverte ou découverte qu’elle soit, il s’agit non pas d’elle-même mais d’une image qu’elle donne à voir à un moment précis.

Les vêtements, on les met et on les ôte, ils ne vous collent pas à la peau. »

« Depuis longtemps, la sagesse des nations a émis un constat d’une portée sociologique indéniable : « l’habit ne fait pas le moine ». » « Entre le permis et l’interdit, existe le toléré, où l’on combat par la conviction et l’exemplarité,  où l’on agit au cas par cas, pour veiller à ne pas être à terme contre productif.

Pour ce qui est réversible, réglementer, quand certaines nécessités de la vie publique l’exigent, est beaucoup plus approprié que légiférer.

Améliorer le dispositif social pour lutter contre des tenues subies est également important.

Mais une loi qui conduirait celles qui subissent le port du voile intégral à ne plus pouvoir se déplacer dans l’espace public induirait une situation pire que la situation actuelle.

Et, pour le voile intégral choisi, contraindre irait le plus souvent à l’encontre de convaincre, or il s’agit essentiellement de convaincre. »


Restons en à ce beau verbe « convaincre », user de la raison et non de l’émotion, de l’argumentation et non de l’anathème, de la conviction et non de la contrainte !

 

Source : http://jeanbauberotlaicite.blogspirit.com/archive/2009/10/21/mon-audition-a-la-commission-voile-integral.html

 

 

La vidéo de l’audition : http://www.assemblee-nationale.fr/13/commissions/voile-integral/voile-integral-20091021-1.asp

Les commentaires de Jean Baubérot : http://jeanbauberotlaicite.blogspirit.com/archive/2009/10/28/une-mission-parlementaire-boumerang.html

 

Par J.-F. Launay - Publié dans : Mises au clair
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Mardi 20 octobre 2009


Dès mon premier billet, j’avais fait mention de la fascination qu’exerce sur moi Tanger. J’ai lu quantité de bouquins sur cette ville mais je viens de dévorer « La chienne de vie de Juanita Narboni » livre pour lequel Juan Goytisolo, qui en signe l’introduction, parle de prouesse. Publié en Espagne en 1976, il a été traduit  et édité cette année en France.

 

Voilà donc un soliloque de plus de trois cents pages où Juanita, Tangéroise modeste issue d’une mère andalouse et d’un père britannique (de Gibraltar) livre en vrac sa perception du quotidien par le biais de dialogues avec elle-même, d’apartés qui soulignent l’hypocrisie des conventions et de conversations imaginaires, à sens unique, avec sa mère après le décès de celle-ci comme pour, en permanence, meubler sa solitude sans perspective. Pas de cohérence, pas de hiérarchie dans ce qu’elle rapporte : les anecdotes quotidiennes, les mutations politiques, les pérégrinations dans la ville, les époques, les appartenances religieuses, tout s’enchevêtre: « Juanita est une caisse de résonance où l’essentiel et l’accessoire se mêlent » souligne Juan Goytisolo. Et pourtant, ce flot verbal, à condition de posséder les éléments de l’histoire de Tanger depuis l’entre-deux-guerres jusqu’à son rattachement au Maroc, nous permet (outre d’essayer de cerner la personnalité de Juanita) d’approcher le cosmopolitisme de la ville et les rapports sociaux pendant cette période. Un détail m’a paru particulièrement significatif : lorsque la fidèle Amrouche, sa bonne depuis des décennies, disparaît brusquement, Juanita est dans l’incapacité de retrouver sa trace parce qu’elle ignore son nom de famille et l’endroit où elle habite…

 

Angel Vazquez (Tangérois de naissance)  traduit le tumulte de la tête de Juanita par un verbe étourdissant, pimenté de tournures étrangères ou typiques ; geignarde ou drôle, tendre ou rosse, la langue-kaléidoscope de Juanita s’adapte à toutes les situations, tout au long du texte. C’est un véritable exploit et ça doit être un régal de le lire en V.O. Toutefois, la traduction française respecte astucieusement le « melting pot » linguistique et on apprécie.

En quatrième de couverture, l’éditeur signale que «ce texte hors norme figure au classement des dix romans les plus importants depuis la transition démocratique établi par le quotidien EL PAÍS ». C’est amplement mérité :

 

UN LIVRE EPATANT !

 

La chienne de vie de Juanita Narboni (Angel Vazquez Traduit de l'espagnol (tangérois) par Selim Chérief Ed. Rouge Inside 20€)

 

 



 

Ce livre a donné lieu à un film de Farida Benlyazid.

Par J.-F. Launay - Publié dans : MLF
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Jeudi 15 octobre 2009

Une nouvelle tempête médiatique s’abat sur le clan Sarkozy suite à l'annonce de la probable nomination à la tête de la Société Protectrice des Animaux de Galouzeau, le teckel nain de notre omniprésident.

 

Il faut dire que le profil de Galouzeau détonne dans le petit monde de la politique. Teckel à poil ras de 4 ans, il est adopté par Nicolas Sarkozy après son triomphe du congrès de Versailles lors duquel il prend la tête de l'UMP. Malicieusement prénommé Galouzeau par son maître ("Couché Galouzeau!" déclenche l'hilarité des proches du président), il développe très jeune un instinct politique fort en mordant des militants chiraquiens. Alors qu'il venait de commencer une formation de chien policier (il a redoublé sa première année), son arrivée surprise à la tête de la S.P.A constitue un tournant dans sa carrière.

 

L'UMP s'est bien sûr précipitée pour défendre Galouzeau et répondre au procès en incompétence et en favoritisme qui lui est fait. Frédéric Lefebvre, le fidèle Pitbull, bien qu’un peu jaloux de cette nomination à un poste qu’il guignait, est ainsi monté au créneau : «Le procès d’intention qui est fait aujourd’hui à Nicolas...à Galouzeau Sarkozy est détestable. Ce débat sur sa soi-disant inexpérience est tronqué, biaisé par une gauche haineuse. Je vous rappelle qu'il faut multiplier par 7 l'âge des chiens pour avoir une équivalence. Ce qui lui fait 28 ans et non 4. Je suis fier que mon pays fasse confiance aux jeunes.» Patrick Balkany, député-maire UMP de Levallois-Perret et ami du Président, est pour sa part enthousiaste : «Moi qui ai connu Nicolas Sarkozy à 22 ans, il avait déjà beaucoup de talent. Et je peux vous dire que Galouzeau Sarkozy, à 28 ans, a peut-être encore plus de talent que n’en avait son maître à son âge. Il est affectueux, ramène la balle, surveille parfaitement la maison, tend la patte. N'est il pas prêt à devenir député de la majorité ?» Xavier Bertrand quant à lui a qualifié de "ridicule" les accusations de népotisme : "Galouzeau Sarkozy ne doit sa promotion qu'à ses seuls talents. Quoi de plus légitime que d'être un chien pour prendre la tête de la S.P.A. ?"  Dominique Paillé a lui estimé que la politique était un « domaine dans lequel on reconnaît les talents indépendamment des règles habituelles que sont les diplômes. Et puis, pour l'avoir un peu fréquenté, Galouzeau a un flair terrible ! ». Brice Hortefeux a tenu à donner de hauteur au débat et sortir de ces querelles politiciennes : "L'important c'est que la race de Galouzeau soit pure. Et croyez-moi, ce n'est pas un bâtard. Ce n'est pas comme les rotweillers de banlieue qui font régner la terreur. Les rotweillers, quand y'en a un ça va, c'est quand y'en a plusieurs que ça pose des problèmes".

 

Après que le porte-parole du gouvernement, Luc Chatel, a déclaré que « les animaux sont des hommes comme les autres », Yves Jégo a aboyé que l’ostracisme de la gauche relevait du fascisme. Julien Dray a noté que le pauvre Galouzeau était victime de la même chasse à l’homme que lui. Martine Aubry a dit qu’elle n’avait pas de chiens. Frédéric Mitterrand a tenu à préciser qu’il n’était pas zoophile. Rama Yade, qui se démarque une nouvelle fois, a dit qu’il faudra qu’il fasse ses preuves à un poste aussi élevé. Quant à Jean-François Coppé, d'après le Canrd enchaîné, il aurait confié, dans le TGV qui l'emmenait à Bruxelles pour un débat, "le népotisme est à Sarkozy ce que la vérole est au bas-clergé breton !".

 

Comme à son habitude la presse étrangère se déchaîne : "Sarkozy nouveau Caligula ?" interroge la Stampa avec en sous-titre "à son échelle". Le Times légende la photo de Galouzeau par "tel maître, tel chien". El Païs, le New-york Herald tribune, Le Matin (Belgique), etc. ironisent tous sur ce qu'ils appellent un nouveau caprice du petit roi de france...

 

Sarkozy aurait déclaré, superbe, à ses proches, "les opposant aboient, moi j'agis !".

 

Source : d’après un texte non signé reçu en document joint

Par J.-F. Launay - Publié dans : humeur - Communauté : PARLONS FRANCHEMENT
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Mardi 13 octobre 2009


Un grand moment quand, récitant son Guaino dans le texte, celui qui fait président assène que le geste fondateur de notre éducation nationale fut la création en 1802 des Lycées par Napoléon car, cette instauration marquait la fin du privilège de la naissance ; ce n’est plus d’être bien né qui permet de faire partie de l’élite, mais d’avoir fait la preuve par son travail, de sa valeur : "quel meilleur critère que celui du savoir et de la compétence pour désigner ceux qui doivent exercer des responsabilités ?".
Cela prenait tout son charme avec l’installation prévue d’un jeune homme de 23 ans qui a pour tout mérite que d’être le fils de son père, à la tête d’un gigantesque établissement public ! Sans parler de la conception très guainotesque de l’histoire de l’éducation.  Les lois Ferry de 1881 et 1882 sont bien plus fondatrices que la création de lycées réservés à une bourgeoisie urbaine : gratuité de l’enseignement primaire et obligation de l’instruction.

Suivait un historique du lycée et du bac. Le diagnostic de la situation actuelle prenait presque un ton gauchiste. Rendez-vous compte les enfants d’ouvriers ont deux fois moins de chances d’avoir le bac que ceux des cadres ! Les sorties du lycée sans le bac, les sorties de l’enseignement supérieur sans diplôme, etc. que de scandales !  

Mais pour les propositions le grand vague qui cache le grand vide. Que de bruit pour rien, déclare Education & Devenir, du travail d’amateur juge François Jarraud du Café pédagogique, réformette, réforme allégée, ironisent d’autres.

Quelques mesurettes surnagent sur l’orientation et la limitation des redoublements, la baisse des heures de cours pour laisser plus de place au travail personnel accompagné, du sectoriel avec les filières (maintenues bien sûr) technologique et littéraire et les langues, un couplet sur la vie scolaire (une quinzaine de minutes consacrées au ciné-club : le lycéen Nicolas S. devait préférer la projection du film Henri Dunant, fondateur de la Croix-rouge à la lecture de la fameuse Princesse de Clèves) : un catalogue hétéroclite pour les uns, un brouillon flou pour d’autres.

Du rapport Descoings, déjà beaucoup moins ambitieux que la feuille de route donnée par Darcos à Jean-Paul de Gaudemar dont le travail largement amorcé laissait escompter que les problèmes du lycée ne seraient pas esquivés, l’omniprésident n’aura retenu que les mesures les plus frileuses.

Aucun des verrous qui bloquent le progrès du lycée et plus globalement de l’école ne risque de sauter.  A été abandonnée l’idée de parcours modulables, au profit d’un droit fictif à l’erreur dans des filières toujours aussi figées. L’évolution indispensable mais toujours esquivée du métier d’enseignant laisse place à des trémolos convenus sur les enseignants. Une évolution du bac par la prise en compte de l’évaluation de compétences (travail en équipe, transdisciplinaire, etc.) à côté d’épreuves terminales moins nombreuses passe bien sûr à la trappe.

Monsieur « moi, je » aura donc sorti de son chapeau une réformette qui s’envolera beaucoup plus vite qu’elle n’a mis de temps à apparaître.

PS "La lettre de Tout Educ", insiste sur un aspect que je n'ai pas noté : "Mais, et c'était le plus plus important, il a esquissé le rapprochement lycée- enseignement supérieur, avec des enseignants, les agrégés vraisemblablement, "à cheval" sur les deux niveaux, sans préciser si, pour lui, cela doit provoquer symétriquement, un rapprochement primaire-collège. De cela, les médias ne parlent pas."

Par J.-F. Launay - Publié dans : Actualité éducative - Communauté : Quelle école pour vos enfants?
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Samedi 10 octobre 2009

A la rentrée 2010, c’est-à-dire demain, la carte scolaire aura vécu. C’est en tout cas, ce qui a été programmé en 2007. Son assouplissement est devenu une branche forte du marronnier de la rentrée scolaire. 9,4 % de demandes en plus ! mais une proportion d’entre elles non satisfaites en augmentation… sans oublier les témoignages indignés de parents déçus (ni les crétineries mensongères des rétropenseurs).

En 2007, souvenez-vous, il s’agissait de mettre fin à l’hypocrisie. La carte scolaire était contournée par ceux qui connaissaient les arcanes du système. Il y avait pas moins de 30 % de “tricheurs”. Loin de lui nuire, l’assouplissement de la carte scolaire allait accroître la mixité sociale. À y regarder de plus près, sur les 30 %, 20 optaient pour le privé : que l’on assouplisse ou supprime, ou pas, la carte scolaire, ne changeait rien. Restait 10 % de dérogations. Elles concernent les familles les plus diplômées, à commencer par les enseignants eux-mêmes (14,6 % chez les instits, 18,6 % chez les profs). A priori, ces passe-droits, au bénéfice de ceux qui connaissent le mieux les rouages du système (et qui auraient dû le plus respecter les règles), sont choquants. Mais on pouvait cependant admettre qu’une partie des dérogations n’étaient pas injustifiées. Ce qui diminuait encore le nombre de “tricheurs”. On a donc vu pour la première fois se mettre en place le principe du puisque le système est mauvais, faisons pire. « Lever l’hypocrisie a consisté à généraliser une pratique très minoritaire ». (Louis Maurin http://www.inegalites.fr/article.php3      ?id_article=567).

Pour autant, faut-il prêter à cette fameuse carte scolaire, qui nait en 1963, toutes les vertus ? Son but n’était pas d’instaurer une mixité sociale, mais de rationaliser l’implantation massive de CES. Deux sociologues languedociens, Laurent Visier et Geneviève Zoïa, ont suivi la trajectoire de 6000 élèves de CM2 en 2005-2006 à leur entrée en 6e, dans l’agglomération de Montpellier. Pour cette étude portant sur 43 collèges (centre, banlieues ou « quartiers », périurbains), ils ont utilisé les PCS mais ils ont aussi mesuré la « variance » (c’est-à-dire les écarts de PCS dans le public accueilli). « Ils distinguent d’abord des espaces de « relégation », où les habitants sont « parce qu’ils ne peuvent pas être ailleurs » et où les publics des collèges, sont à la fois socialement défavorisés et très peu mixtes : les catégories « moyennes » s’efforcent de les fuir ; puis ceux de la « périurbanisation », où généralement « on ne contourne pas » parce que « les choix résidentiels ont été effectués en amont » en tenant compte de l’offre scolaire : la mixité y est là aussi limitée ; et enfin les espaces de la « gentrification » en cours, où se trouve le collège de centre-ville, perçu comme « le collège bourgeois » mais paradoxalement le plus mixte de l’aire urbaine, parce qu’il accueille les nombreuses demandes de dérogation de familles cherchant à contourner les collèges « difficiles » : ses élèves de 6e proviennent de 50 écoles différentes, alors que 6 se rattachent à son secteur ! Ces demandes des familles ont en elles-mêmes créé de la mixité, remarquent les deux chercheurs, dans un établissement qui sans elles serait bien plus homogène socialement. » (http://www.clionautes.org/spip.php?article2327). Reste, cependant, que si la variance y est plus forte, le centre de gravité se situe, sans doute, du côté des PCS favorisées.

Cet effet (relativement) positif des dérogations n’est, semble-t-il pas ressenti partout avec leur assouplissement.  C’est d’abord, le SNPDEN qui s’inquiète. C’est aussi, comme le signale Touteduc (http://www.touteduc.fr/index.php?sv=34&aid=868), un sénateur qui en dénonce les méfaits.

Pour le SNPDEN "dans les faits les obligations de mixité sociale et de mixité scolaire, assignées à cet assouplissement, sont bien loin de se réaliser et nous constatons une diversité des politiques académiques et départementales, sans véritable transparence, accroissant les inégalités entre les établissements". "On nous avait annoncé que la réforme irait de pair avec une augmentation de la mixité sociale et scolaire. Chiche. Mais pourquoi ne communique-t-on pas là-dessus ?". Ce syndicat propose la création d'un "observatoire de la mixité sociale et scolaire". 


Alain Dufaut, Sénateur UMP du Vaucluse, dans l’exposé des motifs d’une proposition de loi tendant à assurer une mixité sociale dans les collèges situés en zone d'éducation prioritaire ou dans le réseau « ambition réussite »(http://www.senat.fr/leg/ppl08-606.html) , est clair et net. « La suppression progressive de la carte scolaire engagée en mai 2007 par le ministre de l'éducation nationale, conformément à la demande du Président de la République, avait pour but d'améliorer la mixité sociale des établissements les plus demandés, principalement ceux des quartiers favorisés, tout en mettant un terme à l'hypocrisie des systèmes dérogatoires.

Le choc en retour de cette libéralisation des règles s'est très rapidement manifesté à travers la fuite des meilleurs élèves des établissements des quartiers défavorisés. Les élus de terrain constatent ainsi que le remède s'est parfois avéré pire que le mal, aggravant la ségrégation au détriment des collèges situés en zone d'éducation prioritaire et, en particulier, ceux qui sont classés en réseau « ambition réussite ». Cette évolution perverse va dans le sens diamétralement opposé à notre volonté républicaine de mixité sociale. » S’appuyant sur un rapport des inspections générales d’octobre 2006 (http://www2b.ac-lille.fr/rep/Doc/IGEN_F_1.pdf ) qui chiffrait à 1 milliard d’euros les crédits pour l’éducation prioritaire, il en dénonce le saupoudrage. Il propose donc de les concentrer sur un nombre d’établissements bien ciblés. Il y ajoute la création de sections sport/études ou d’options rares.

 

Le prétendu « libre choix des familles » qui doit résulter de la suppression de la carte scolaire est inspirée de théories néolibérales. « De la même manière que, dans une économie de marché, les producteurs performants gagnent des parts de marché, la concurrence entre établissements doit permettre d’attirer davantage d’élèves dans les meilleures écoles, de stimuler les établissements médiocres, et donc au final de tirer tout le système vers le haut. » (Nathalie Mons http://www.cafepedagogique.net/lemensuel/lesysteme/Pages/84_CartescolaireQueller%C3%A9forme.aspx). Sauf que pour que ce « marché éducatif » fonctionne, il faudrait que le choix des familles se fasse réellement sur les « meilleures » ( ?) écoles et non sur des critères de meilleure adéquation avec leur milieu social. Aussi que la possibilité de ce choix soit effectif pour tous les consommateurs d’école. Or, l’exemple Montpelliérain le rappelle, il y a des populations assignées à résidence : celles des « quartiers défavorisés», faute de moyens ; celles des zones périurbaines par les distances. Et ce jeu faussé de l’offre et de la demande, permet aux établissements très cotés, en toute bonne conscience républicaine (méritocratie que d’injustices commises en ton nom), de sélectionner leurs « clients ». L’exemple anglais montre les effets pervers du total libre choix.

 

Pour autant que la volonté républicaine de mixité sociale   ne soit pas un leurre, si on supprime la carte scolaire, il faut lui substituer d’autres modes de régulation, plus efficaces. Et que cette volonté républicaine s’exerce dans tous les domaines, à commencer par la politique de la ville où l’effet d’annonces s’épuise de plan en plan.

Par J.-F. Launay - Publié dans : Actualité éducative - Communauté : Quelle école pour vos enfants?
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