Pierre Louÿs, en hommage ( ?) au Seigneur de Pibrac et à ses quatrains moraux (XVIe siècle), dont voici un
spécimen
"Je t'apprendrai, si tu veux, en peu d'heure
Le beau secret du breuvage amoureux.
Aime les tiens, tu seras aimé d'eux,
Il n'y a point de recette meilleure."
Guy du Faur de Pibrac
Extrait de Quatrains du seigneur de Pibrac
a commis un recueil de quatrains intitulé… Pybrac (1927) et tout aussi « moraux », puisque chacun commence par « Je n’aime pas à voir» :
Je n’aime pas à voir deux fille concubines
Se gousser sur leur lit pour la septième fois
Et dire : « Pourquoi donc sucerais-je des pines ? »
Ton foutre seul me plaît. C’est lui seul que je bois. »
On retrouve l’esprit du Manuel de civilité pour les petites filles à l'usage des maisons d'éducation (1926) : « Si l'addition qu'on vous donne à faire produit le nombre 69, ne vous tordez pas de rire comme une petite imbécile.
Évitez les comparaisons risquées. Ne dites pas: "Dur comme une pine, rond comme une couille, mouillé comme ma fente, salé comme du foutre, pas plus gros que mon petit bouton", et autres expressions qui ne sont pas admises par le dictionnaire de l'Académie.
Ne dites pas: "Je viens de jouir comme une folle." Dites: "Je me sens un peu fatiguée."
Ne dites pas: "J'aime mieux la langue que la queue." Dites: "Je n'aime que les plaisirs délicats." »
C’est certes un peu plus cru que les délicieuses « Chansons de Bilitis » de 1896, que P. Louÿs présenta comme une traduction de l’œuvre
d’une poétesse antique adepte des amours saphiques. L’ouvrage, précédé d’une Vie de Bilitis, assortie de notes savantes, mystifia des hellénistes sorbonnards qui ne lui pardonnèrent jamais leur
propre jobardise. Cependant, Louÿs doubla ces chansons, à l’érotisme élégant, de chansons secrètes plus torrides.
De la même veine – et de la même année que le Manuel – « Trois filles de leur mère », inspiré par les trois filles du poète José-Maria de Heredia, que Pierre Louÿs connaissait bien, pour avoir été l’amant de l’une et le mari d’une autre.
Marie de Heredia avait épousé un autre poète, Henri de Régnier – en fait sa mère l’avait en quelque sorte vendue à
de Régnier qui épongea les dettes de jeux du père – non seulement elle le prit pour amant, mais lui donna un fils, Pierre de Régnier, dont il fut officiellement le parrain. Leurs relations furent
cependant houleuses et Louÿs revint d’un voyage en Algérie avec une mauresque,
Zohra ben Brahim, qu’il prêtait généreusement à ses amis, avant de la renvoyer, sans élégance, quand il reprit des relations avec une Marie qui
le poussa à épouser sa sœur Louise. Ce grand adepte des bordels était aussi un amateur de photos : Marie fut bien sûr un de ses modèles.
Bien qu’ami d’André Gide, de Paul Valéry, il ne connut pas la même gloire posthume. Il est vrai que le genre littéraire où il a excellé, la littérature érotique, fut longtemps plus ou moins vouée à la clandestinité. Et si, de nos jours, un Pichard nous redonne Trois filles de leur mère dans toute leur crudité, un David Hamilton commit un film sur les Chansons de Bilitis qui donna une image chichiteuse du poète. La femme et le pantin, son plus célèbre roman, fut mis en film par Duvivier en 1958 qui eût l’idée un peu incongrue de faire incarner la femme par BB.
Un excellent (et élégant) site pour en savoir plus sur Pierre Louÿs, sa vie, son œuvre, ses voyages, ses amours…
http://www.pierrelouys.fr/.
Quelques quatrains illustrés de PYBRAC : cliquer ici
Montage d'illustrations de PYBRAC (anonymes, mais attribuées à Marcel Stobbaerts) : cliquer ici
Pierre Louÿs fut non seulement un collectionneur passionné de photos érotiques, mais un photographe lui-même. Malheureusement ses oeuvres et sa collection furent dispersées.