Mises au clair

Jeudi 26 novembre 2009

Le 20 novembre, la Chambre suprême de justice maçonnique (CSJM) a annulé tous les votes du Convent du Grand Orient (GODF), réuni à Lyon du 3 au 5 septembre, concernant la mixité de la première obédience française forte de 50 000 membres.


Le CSJM, tout en suspendant la décision unanime de l’exécutif de poursuivre individuellement les membres des loges qui avaient initié des femmes, avait à son tour suspendu collectivement 3 des 5 loges fautives (les 2 autres l’étaient déjà). Là, il ne prend pas parti sur le vote des 1.200 délégués dont  56 % avaient voté contre l'initiation des femmes et 58,7 % contre l'affiliation de sœurs qui auraient déjà été initiées dans d'autres loges. Mais il retoque ce vote pour non respect des procédures sur la formulation de la question qui avait été posée aux frères. Cela veut cependant dire que les votes sont annulés et qu’il faudra donc revoter.


Le double désaveu de l’exécutif et donc de son Grand Maître amène certains à demander qu’il rende son tablier. Plus sérieusement, l’image assez piteuse  qu’avait amenée « cette fixation névrotique sur la mixité », a poussé à s’orienter, semble-t-il vers une solution de compromis. Le GODF pourrait donc « prendre une initiative ambitieuse destinée à régler définitivement la question de la liberté des loges d'initier des femmes et/ou d'affilier des soeurs dans le cadre d'un processus de fédération de la Franc Maçonnerie libérale et adogmatique française ». « C'est ce que l'on peut lire dans le courrier du Grand maître Pierre Lambicchi aux vénérables maîtres, en date du 6 novembre 2009… »  L'idée du Grand Maître serait de créer une «union du Grand Orient» avec trois branches distinctes : masculine, féminine et mixte. Ainsi chaque loge pourrait se décider sur la question de l'admission ou non des femmes.

Mais si le chemin est (virtuellement) tracé, il sera long. Car c’est moins l’initiation des femmes qui est en jeu que la crainte de les voir accéder à de hautes fonctions, imaginer une « Grande maîtresse » à la place du « Grand maître » donne des boutons à une majorité de frères !

Sources : http://www.lexpress.fr/actualite/societe/coup-de-theatre-sur-la-mixite-au-grand-orient_830071.html

Par J.-F. Launay
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Mercredi 11 novembre 2009

Un mystérieux « Mouvement laïque indépendant » spamme une « pétition pour une loi contre le port d’un masque dans la rue, hors carnaval ». Après une phrase introductive sur le respect de l’autre « dans son altérité », le ton devient nettement plus prosaïque, il faut une loi « pour que les personnes masquées mal intentionnées ne déjouent pas les caméras de surveillance ». De la laïcité sécuritaire à la Hortefeux. Et de prétendre qu’en Belgique, comme au Luxembourg, cette loi existe depuis 2005. Certes une proposition de loi dans ce sens fut déposée le 21 février 2005 à la Chambre des représentants belge par le chevalier François-Xavier de Donnéa (député du Mouvement réformateur, droite) mais elle a été repoussée ! Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose.


Or donc, le texte cité ("Hors le temps du carnaval, nul ne peut se montrer masqué ou travesti dans les rues. Sans autorisation de l'autorité compétente [en fait : sauf autorisation du bourgmestre], il est interdit sur le domaine public de se dissimuler le visage par des grimages, le port d'un masque ou tout autre moyen, à l'exception du "temps du carnaval".) est un vieux règlement de police, remis au goût du jour, par des communes belges ou luxembourgeoises (Règlement général de police d'Esch-sur-Alzette par exemple).


Le député UMP Vanneste, qui s’est rendu célèbre par ses propos homophobes, reprend la balle au bond par une proposition de loi. Pour que les systèmes de vidéosurveillance soient efficaces, tout vêtement qui empêche l’identification en cachant le visage doit être proscrit sur la voie publique, sauf lorsqu’il correspond à une exigence médicale. Dans l’exposé des motifs il reprend donc l’argument sécuritaire de la vidéosurveillance. Le texte de loi proposé est bref : Toute personne allant et venant dans l’espace public doit avoir le visage découvert et porter des vêtements ou accessoires permettant aisément sa reconnaissance ou son identification. Mais il est bizarre, pour ne pas dire inquiétant : avoir le visage découvert ne suffirait pas à être reconnaissable ? quels seront ces vêtements et accessoires qui nuiraient à la reconnaissance ? A noter que, contrairement au règlement de police luxembourgo-belge, il ne prévoit même pas l’exception carnavalesque.

Fin des casques intégraux donc qui permettent à de jeunes scootéristes de s’enfuir, sans être identifiables (n’est-ce pas Prince Jean ?). Le « passe-montagne » qui, tel un niqab, ne laisse voir que les yeux, parfois protégés par des lunettes de soleil, interdit, même quand ça caille sévère, même en moyenne ou haute montagne. Ne parlons pas des travestis, surtout à Christian Vanneste qui, comme Loulou de Montpellier, déteste les tarlouzes : plus maquillé(e)s qu’un camion d’occasion, portant perruques, faux seins (ça ne serait pas ça les accessoires que proscrit le député ?) tenues affriolantes… Bien sûr interdiction de beaucoup de spectacles de rues et fini de déguiser les enfants pour la fête des écoles ! Et les nonnettes : leurs coiffettes sont aussi des accessoires qui gênent l’identification. En revanche, pour le GIGN en expédition à Tarnac, pas de problème, mieux masqués que des targuis dans le désert (et oui, il y a aussi des hommes à niqab).

Le biais sécuritaire est utilisé, sans doute par conviction dans les vertus d’une société vidéosurveillée, mais aussi pour contourner l’accusation de ne viser que des tenues adoptées par des femmes musulmanes. Mais en noyant, si l’on peut dire, le poisson, on accroît l’impact liberticide de loi de ce type.

Dans ce que les juristes appelle la hiérarchie des normes la Liberté est première, première aussi sur le fronton de nos monuments publics. Comme le rappelle la loi de 1905, s’agissant de liberté religieuse ou de conviction, elle ne peut être limitée que si elle cause des troubles à l’ordre public. L’ordre public recouvre deux aspects :  l'intérêt général et la protection des autres citoyens, de leur propres libertés mais aussi de leur quiétude (ivresse publique manifeste et agressive, tapages nocturnes, exhibitionnisme, etc.).

 

Certes la vision de ces corbeaux peut horripiler* et inciter à retrouver le vieux « croâ, croâ » de nos grands-pères. Mais, sauf à découvrir des cas pathologiques de niqabophobie qui obligeraient leurs victimes, à leur tour, de s’affubler de tenues protectrices pour éloigner les ondes malfaisantes émanant de ces belphégors, le trouble manifeste de l’ordre public n’est pas patent.


Gardons-nous donc de ces lois de circonstances qui, peu à peu, grignotent nos libertés. Déjà les ultra-laïcs réclament l’interdiction de tout voile dit islamique. Comme il n’y a pas de raison diront certain(e)s de ne s’en prendre qu’aux femmes, une loi sur la barbe islamique s’imposera…

Revenons au bon sens d’Aristide Briand : "On disait que la soutane du prêtre était un signe clérical plus que religieux, que c'était un instrument de soumission du prêtre à son évêque et à sa hiérarchie. On disait aussi que ça portait atteinte à la "dignité masculine" parce qu'il s'agissait d'une robe. Et on disait enfin que la grande majorité des prêtres attendaient de la République une loi qui interdise le port de la soutane, et donc qui les libère de ce vêtement. Aristide Briand, le principal auteur de la loi de 1905, a refusé ces arguments en disant qu'à partir du moment où les Eglises et l'Etat étaient séparés, la soutane devenait un vêtement comme un autre et, pour la République, n'était plus un vêtement considéré comme un vêtement religieux, et que, selon lui, c'était cela la laïcité. L'amendement qui demandait l'interdiction du costume ecclésiastique en dehors des bâtiments ecclésiastiques a été refusé par l'Assemblée nationale" (Baubérot).


* Pour éviter (ou au moins essayer d’éviter) tout faux procès du style vous attaquez la décision du GODF de ne pas autoriser les dames a être initiées donc vous êtes antimaçonnique, précisons : la vision de ces personnes me débecte, surtout, comme à Azrou, quand elles sont précédées d’un barbu arrogant quelques mètres devant ; pour autant, si ce voile intégral est imposé par un de ces abrutis, les lois contre les violences conjugales existent (aussi difficiles à appliquer en l’occurrence que dans la plupart des cas) ; pour celles qui revendiquent le port de ces horreurs, la libre circulation dans l’espace public civil est de droit, en revanche, on doit leur faire  dévoiler leur visage en de multiples circonstances (enfants à chercher à l’école, paiement par chèque, contrôle d’identité, etc.).

 

ANNEXE :

Les obstacles juridiques à l'interdiction du port de la burqa dans l'espace public

 

Si le fonctionnement des services publics - en l'espèce les établissements d'enseignement - a pu justifier les règles particulières édictées par la loi de 2004 interdisant le voile à l'école, il en va tout autrement dans ce que l'on appelle l'espace public où, a souligné M. Schwartz, "se pose à l'inverse la question du respect des libertés fondamentales". "La prohibition de la burqa réaliserait une ingérence forte dans l'existence d'au moins trois droits fondamentaux", a précisé M. de Béchillon, qui a cité "la liberté de religion", "la liberté d'opinion", ainsi que "la liberté d'aller et venir".

"L'exigence de laïcité pèse sur l'Etat et non sur les personnes privées", a rappelé M. de Béchillon, en soulignant que chacun - hors service de l'Etat - est au contraire libre d'exercer et de manifester sa religion. "La laïcité ne s'applique pas dans la rue", confirme Bertrand Mathieu, professeur à l'université de Paris-I, qui juge ce principe "inutilisable" en l'espèce.

La notion de "pratique radicale de la religion" a bien été avancée par le Conseil d'Etat pour s'opposer à l'octroi de la nationalité française à une mère de famille marocaine portant la burqa. Mais, a prévenu M. Schwartz, "on ne peut rien en extrapoler parce qu'il s'agit d'une législation particulière (sur l'acquisition de la nationalité) et que la liberté religieuse n'était pas en cause".

"Est-ce que le fait d'empêcher autrui de voir une femme, ce qui n'est pas imposé aux hommes, est attentatoire à la dignité de la personne humaine et à la dignité des femmes ?", s'est-il [M. Schwartz] interrogé, tout en se gardant de répondre.

L'hypothèse fait bondir le constitutionnaliste Guy Carcassonne, qui se dit "épouvanté à l'idée qu'on puisse se servir de ce fondement-là". "Ce principe du droit objectif ne qualifie pas la puissance publique pour se substituer aux personnes afin de se faire juge de leur dignité. Où va-t-on si la loi commence à s'occuper de cela !", s'exclame-t-il, en estimant que cela reviendrait à "supprimer la notion de liberté". "On se trouverait dans une querelle théorique entre les principes de liberté et de dignité. On ne s'en sortirait pas", juge également M. Mathieu.

Selon M. Carcassonne, le législateur pourrait poser le principe selon lequel "on n'a pas à se dissimuler quand on est en public", en prévoyant des exceptions concernant, par exemple, le groupe d'intervention de la gendarmerie nationale (GIGN), ou les périodes de carnaval.

D'autres doutent fortement de la viabilité de cette piste. "Si l'ordre public nécessite de pouvoir reconnaître les identités, on ne peut pas imposer aux citoyens d'être en état de contrôle permanent", a souligné M. Schwartz devant la mission parlementaire. "Cela voudrait dire que l'espace public est un espace où chacun doit être identifiable à tout moment, comme s'il s'agissait d'une vaste zone de vidéosurveillance. On entrerait dans une autre société", affirme Danièle Lochak, professeur de droit public à l'université de Paris-X-Nanterre, qui évoque un "fantasme assez fou".

Estimant qu'invoquer la seule notion d'ordre public est "juridiquement risqué", M. Mathieu propose d'y ajouter la "liberté contractuelle" et la "liberté personnelle" pour affirmer - un cran en dessous d'une interdiction complète de la burqa - "le droit des tiers à identifier la personne avec laquelle ils sont en relation" .

http://www.lemonde.fr/societe/article/2009/11/12/les-obstacles-juridiques-a-l-interdiction-du-port-de-la-burqa-dans-l-espace-public_1266226_3224.html#ens_id=1245449

Par J.-F. Launay
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Jeudi 5 novembre 2009


L’omniprésident nous refait le coup de la repentance !

 

Dans un entretien accordé, début juillet, sur convocation, à Olivennes et Labro du Nel Obs, il avait regretté la période « bling-bling » (Fouquet’s, Rolex, Paloma, vacances états-uniennes, etc.), le casse-toi pauvr’con et l’humiliation de Joffrin dans son unique conférence de presse ; plus tard, il conviendra que « coupable » n’était pas le bon mot pour désigner le « prévenu » Villepin. Et maintenant, dans un objet journalistique non identifié, un entretien accordé à quelques journalistes, ni « off », ni  officiel, il concèderait que la candidature du Prince Jean à la tête de l’EPAD n’était pas opportune. Il faut rappeler qu’à chaque fois, les courtisans récitaient l’argumentaire concocté à l’Elysée pour tenter de justifier la dernière bourde d’UBU président. Ils ont l’ait fin Bertrand, Jego, Amara et les autres, avec leur délit de patronyme, discrimination, fascisme même...

 

Mais avec le simulacre d’entretien du Nel Obs, il voulait surtout, changer son image, faire croire qu’il était passé du libéralisme échevelé (modèle Thatcher-Reagan) à un colbertisme inspiré. Mais non, dans sa campagne électorale, il ne dénonçait pas le modèle social français, juste ses abus. Avec la modestie qui le caractérise, il proclamait : « La France a été le premier pays à réagir (à la crise). En Septembre 2008, j’appelle devant les Etats-Unis à un nouveau Bretton-Woods » ; mieux encore : « Le plan vert français est le plus ambitieux au monde…la France a montré le chemin en Europe

Mieux encore, sous l’influence présumée de Carla Bruni, le contempteur de La Princesse de Clèves, l’admirateur de Bigard, accomplit une véritable mue intellectuelle et culturelle : il découvre Visconti, il se met à lire des livres, des vrais, des littéraires (on ne nous dit pas s’il a enfin lu celui qu’il a signé sur Georges Mandel). L’Express ira jusqu’à parler de Révolution culturelle

Pour la droite traditionnelle, c’est la néfaste influence de Carla qui l’a poussé à choisir le neveu Mitterrand et à le laisser dire qu’il approuvait le soutien à Polanski. En représailles, à la suite de la fille Le Pen, tous les cagots des ligues de vertu, de la même engeance que ceux qui rasaient le crâne des femmes à la Libération, ont ressorti un livre de 2005, dont personne ne s’était préoccupé au moment de la nomination du Ministre de la Culture.

Qui trop embrasse, mal étreint ! À vouloir flirter, très légèrement, à gauche, il déçoit et inquiète son électorat de base. Il n’a pas élu le pourfendeur de mai 68, pour qu’il choisisse un homosexuel à la culture, surtout si celui-ci défend un cinéaste sulfureux. Il n’a pas élu celui se posait en défenseur des valeurs du mérite et du travail, pour qu’il pistonne un fiston flemmard ni qu’il dilapide l’argent du contribuable dans des dépenses somptuaires.

Retour donc aux vraies valeurs, retour donc aux grands thèmes éternels de sa campagne électorale : lutte contre la récidive (on en est pourtant à la xième loi), contre l’immigration et bien sûr contre l’insécurité. MAM, sans doute parce qu’elle se sent la plus fragile en tant qu’ex-chiraquienne, saute sur un fait-divers pour jouer cyniquement sur l’émotion : nouvelle loi sur les délinquants sexuels avec castration chimique et pourquoi pas physique. Besson, le traître et fier de l’être, emboîte le pas en lançant – sur instructions des communicants de l’Elysée – un grandébat sur marseillaise, burqa et charters, pardon sur l’identité nationale. Hortefeux, le fidèle lance l’idée d’un « couvre-feu » qu’il sait inapplicable.

Mais il se peut que même les électeurs de droite les plus obtus commencent à voir les ficelles. Difficiles de faire croire que si la délinquance augmente encore, malgré de multiples lois, c’est de la faute à la gauche laxiste, qui n’est plus au pouvoir depuis 2002. Avec le prétendu grandébat bessonien, le calcul est grossier : c’est le traître lui-même qui va en tirer les conclusions (on peut les deviner : grand couplet sur la France généreuse qui, au fil des siècles, a su accueillir, intégrer, assimiler des populations étrangères, mais, vraie conclusion, qui doit bien sûr savoir se protéger de migrants nouveaux) à la veille des régionales. Difficile de ne pas voir la manœuvre.

Surtout, la droite parlementaire, se fissure. Une partie d’entre elle est lasse, non seulement des avanies que leur fait subir un petit chef bilieux et coléreux mais aussi et surtout de ces décisions hasardeuses, comme la suppression de la taxe professionnelle, ou difficilement défendables, comme le projet de réforme territoriale. Les plus lucides voient aussi que celui qui fait président mène le pays à la faillite.

Paradoxalement, c’est peut-être l’affaire Clearstream qui l’a le plus desservi, auprès des politiques. Son acharnement quasi maladif et le fait de se constituer partie civile (alors qu’il est censé être la magistrat suprême, au dessus donc des parties), aggravé par l’attitude d’un avocat arrogant et d’un procureur trop visiblement aux ordres, ont abouti à ce que ce soit son ennemi, de Villepin, qui sorte de cette affaire auréolé de la couronne du martyr, comme le remarque Marianne ! Il n’a plus la main, le petit homme, pensent les élus.

Rien n’est joué. Un bon fait divers bien saignant ou une émeute de banlieue bien brûlante et on peut faire confiance aux médias pour orchestrer et à la clique sécuritaire pour exploiter. La division de la gauche, dont les équipes à la tête des régions partent en ordre dispersé, avec une extrême gauche plus prompte à cogner sur la gauche en responsabilité que sur la droite, risque de mettre en route la machine à perdre.

Ça sent le pâté, pour Sarko… mais pas obligatoirement la pâtée.

Par J.-F. Launay
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Vendredi 30 octobre 2009

Puis-je avouer que je ne connaissais pas le seul Prix Nobel de Littérature (1998) Lusitanien, José Saramago ?

Mais une « lettre de Lisbonne » intitulée « Quand un prix Nobel s’en prend à Dieu » va m’inciter à réparer cet oubli. Ce Nobel vient de sortir, sous le titre Caïn, en portugais bien sûr, mais aussi en espagnol et catalan, un livre inspiré de la bible.

De l'avis de l'auteur lui-même, aucun de ses précédents livres n'avait été teinté d'autant d'humour. Ainsi, l’ange, envoyé par Dieu en dernière minute pour arrêter le bras d'Abraham, arrive trop tard pour sauver le fils... à cause d'une avarie à l'aile droite.

On imagine l’effroi des autorités religieuses devant cette version des épisodes d’une bible dominée par la violence et le sexe, bible qui selon lui est «un recueil de mauvaises mœurs» et «un catalogue de cruautés». Déjà, son « Evangile selon Jésus Christ », où il décrivait un Jésus perdant son pucelage dans les bras de Marie-Madeleine (une « aventure sentimentale » écrit pudiquement le journaliste du Monde), l’avait obligé à s’exiler à Lanzarotte aux Canaries espagnoles.


Il n’absout pas « Caïn, qui a effectivement tué son frère [Abel], mais qui pour moi ne peut être vu comme une sorte de personnification du mal », ajoutant « Au fond, c'est Dieu le vrai responsable. Dieu, qui devrait respecter l'un et l'autre, chacun dans son travail, a méprisé l'un et mis en valeur l'autre. L'attitude de Dieu est impardonnable » « Caïn a été humilié par Dieu, et il tue son frère parce qu'il est dans l'incapacité de tuer Dieu. »

Le porte-parole de la Confédération épiscopale portugaise, Manuel Morujao, le rabbin de Lisbonne, Eliezer di Martimo, le théologien catholique Joaquim Carreira das Neves l’ont accusé qui de vouloir se faire de la publicité par un scandale, qui de ne pas savoir lire la bible.

«L'Eglise aimerait placer un théologien derrière chaque lecteur de la Bible pour expliquer que ce qu'il est en train de lire doit être interprété de manière symbolique, a rétorqué l'écrivain lors d'une conférence de presse. Dans la Bible, on trouve de la cruauté, de l'inceste, de la violence en tous genres, des carnages. Cela est incontestable, mais il suffit que je le dise pour susciter cette polémique.» Loin de chercher à apaiser les esprits, il a ajouté que « Le Dieu de la Bible est vindicatif, rancunier, mauvais et indigne de confiance ». «Les hommes ont créé Dieu à leur image et ressemblance, c'est pourquoi il est si cruel, mauvais et vindicatif. » « Dieu n'existe pas. C'est l'humanité qui a inventé les dieux... Dieu quand il existe, il existe dans nos têtes. Nous avons inventé la divinité et à partir de là, s'est établie une relation maladive entre le créateur, dans ce cas l'homme et la créature, Dieu ».

 

Un eurodéputé portugais conservateur, Mario David, vice-président du Parti populaire européen (PPE), a été jusqu’à demander à l'écrivain, «devant tant de honte», de renoncer à sa nationalité portugaise !

À 87 ans, José Saramago est plus que jamais combattif. Il ferraille contre « le néomédiévalisme universel» de Benoît XVI, met en garde contre le risque d'une « résurgence du fascisme en Europe ». Depuis des mois, sa cible privilégiée est Silvio Berlusconi, le président du conseil italien, qualifié dans une tribune publiée en juin par le quotidien El Pais de «virus menaçant d'être la cause du décès moral du pays de Verdi ».

 

José Saramago, un homme indigné. Voilà l’épitaphe que le célèbre écrivain voudrait voir inscrite sur sa tombe.

Par J.-F. Launay
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Mercredi 28 octobre 2009

Avec Judas, pardon Besson, on n’est jamais déçu. Toujours mieux et toujours plus dans l’ignoble !


Après le démantèlement de la « jungle de Calais », il a donné dans le renvoi d’Afghans dans leur pays en guerre. Mais l’infatigable traître, nous sort – un peu pour chasser la désastreuse affaire du Prince Jean, beaucoup pour resiphonner les voix frontistes (et donner un peu de grain à moudre au Vicomte Le Jolis de Villiers de Saintignon, le rallié, qui doit avaler la couleuvre de la réforme territoriale) – un débat sur l’identité nationale. Débat qu’il commence à trancher avant même de l’avoir lancé. Ainsi, comme son nouveau maître, il déclare que la burqa serait contraire « aux valeurs de l’identité nationale » (dont on avait cru comprendre qu’elle était l’objet du débat). Aphatie, l’interviewer agréé de l’UMP, tout esbaudi de déclarer « c’est fort, ce que vous venez de dire. Vous pouvez répéter ». Lui a-t-il rappelé qu’il y avait une « Mission parlementaire sur le voile intégral » et que cette péremptoire déclaration pouvait passer pour du mépris à l’égard de ses travaux ? Pour faire bonne mesure le Ganelon nous a fait un couplet sur la Marseillaise que chaque écolier devrait chanter au moins une fois dans sa scolarité !


Alain Juppé cite Renan : “L’homme n’est esclave ni de sa race, ni de sa langue, ni de sa religion, ni du cours des fleuves, ni de la direction des chaînes de montagnes. Une grande agrégation d’hommes, saine d’esprit et chaude de coeur, crée une conscience morale qui s’appelle une nation.

L’essence d’une nation est que tous les individus aient beaucoup de choses en commun, et aussi que tous aient oublié bien des choses…Aucun citoyen français ne sait s’il est burgonde, alain, wisigoth…”

Une nation est un principe spirituel, une famille spirituelle, non un groupe déterminé par la configuration du sol.” Il conclut : « Tout est dit. A quoi bon relancer un débat ? »

 

Joffrin dans Libé, feint de ne pas voir que, lancé par ce tartuffe, le débat pré-cadré, ne peut que donner, comme le relève l’Huma, dans « l’offensive sur le thème bien connu des immigrés qui poseraient problème à l’identité de la France. » Il a certes raison d’affirmer que « La France future sera tissée, en même temps que de christianisme ou de laïcisme, de culture musulmane, d’esprit africain ou de tradition ultra-marine. Ces apports sont un enrichissement et non une menace. Se contenter de dénoncer la burka, ce qui peut certes se comprendre, c’est refuser de voir cette réalité nouvelle et à bien des égards positive. La dénonciation du communautarisme - fondée en théorie - finit par couvrir une forme d’allergie à la différence. La France est d’ores et déjà plurielle. On ne saurait le nier, à l’heure de l’Europe et de la mondialisation, qui sont par nature mélange et métissage. »

 

Mais compter sur Besson, bien que né au Maroc de père français et de mère libanaise, ou Sarkozy, bien que né de père hongrois et comptant une grand-mère grecque dans ses ascendants, pour mener une réflexion de ce type, c’est faire preuve d’une naïveté qu’on ne soupçonnait pas chez lui.

 

Gageons qu’Hortefeux, bien que son bilan soit calamiteux, lancera aussi le débat sur la sécurité, à l’occasion d’un fait-divers bien saignant, juste avant les régionales !

Par J.-F. Launay
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Dimanche 25 octobre 2009

Souvenez-vous début août, la laïcité était une fois de plus en danger : M. André Gérin, ex-maire, venait de croiser sur un marché de Vénissieux des femmes en burqa (plus sûrement en niqâb). Celui que les laïcards avaient surnommé l’Iman rouge (car Maire il feignait de soutenir un projet de mosquée), un coco donc, recevait le soutien de l’UMP à commencer par Eric Raoult, adepte de la peine de mort. Avec ces appuis, il s’est retrouvé président d’une Mission parlementaire sur le voile intégral (dont Raoult est le rapporteur).


La bulle « politico médiatique » -comme dit celui qui fait président – a gonflé, plus que la grenouille de La Fontaine, en août ! Elle s’est dégonflée, sans bruit. Mais gageons que, quand un trou dans l’actualité émotive ou un fait-divers quelconque se présentera, la bulle se regonflera.



En attendant, au lieu de se coincer la bulle, les membres de ladite mission poursuivent leurs auditions. Ainsi, le 21 octobre, ils ont dû se fader un parpaillot, titulaire de la seule chaire qui traite de laïcité, l’horrible, que dis-je, l’abominable Jean Baubérot  (honni des laïques, les vrais, auto-estampillés). Ils n’ont pas été déçus de l’audition, les membres de la Mission.


« Le savoir disponible sur le voile intégral montre que celles qui le choisissent le relient à une contestation, une prise de distance maximale, un refus de la société.

Une société qui refuserait d’être critiquée ne serait plus démocratique. Pour autant le voile intégral n’est certainement pas la bonne manière de mener une mise en question. » Il faut avouer qu’il démarrait mal, car contrairement à des maires précédemment audités, dont certains avouaient que le voile intégral était inexistant sur leur commune, il introduisait sournoisement comme un brin de pensée dialectique dans le débat.


« Partons d’un constat : Le port du voile intégral provient de plusieurs raisons, conjointes ou non.

Il peut signifier, explicitement ou implicitement, que la société est ressentie comme une menace, dont il faut se protéger au maximum.

Il peut constituer une façon d’affirmer, avec une visibilité hypertrophiée, une identité radicale face à ce qui est perçu comme une uniformisation sociale, un primat de la logique de l’équivalence sur des valeurs morales et religieuses.

Il peut manifester une volonté de « retour aux origines », liée à une lecture littéraliste de textes sacrés, séparer le « pur », c'est-à-dire ceux qui seraient les vrais croyants, et « l’impur », l’ensemble de la société.

Il peut également être une manière extrême de retourner un stigmate face à des discriminations ressenties. » Comme disait, je crois, l’ado attardé qui fait président (et qui lui a dit sans ambages que le « voile intégral, ce n’est pas fait pour nos « climats »), le sociologue essaie d’expliquer l’inexplicable, sans doute pour justifier l’injustifiable !


« Le souci de la pureté se manifeste aujourd’hui de façons multiples, dans diverses croyances religieuses et non religieuses. Une certaine façon de mettre en avant la laïcité participe même de cette logique. » ajoute-t-il, aggravant son cas.

Mais ce n’est rien à côté de ce qui va suivre : « La première et la plus forte exigence de laïcité concerne la République elle-même, qui doit être indépendante des « religions et des convictions » philosophiques particulières, n’en officialiser aucune, assurer la liberté de conscience et l’égalité dans l’exercice du culte.

L’application de ces principes connaît toutefois, en France, certaines dérogations.

Ainsi, en Alsace-Moselle, malgré l’article 2 de la loi de 1905, il existe 3 « cultes reconnus » : catholicisme, judaïsme, protestantisme. 

Les lois de séparation elles-mêmes, votées de 1905 à 1908, prévoient une mise en pratique accommodante, puisque (entre autres) elles autorisent la mise à disposition gratuite et l’entretien d’édifices du culte existant alors.

Mais l’islam n’était pas présent dans l’hexagone. Et, sans intention discriminatrice, la République peine pourtant à réaliser l’égalité entre religions, au détriment de l’islam.

Malgré certains progrès,  elle est encore loin d’y parvenir. » N’est-il pas en train de mettre en doute le principe sacro-saint – car il faut savoir que pour nos super-laïques, qui ignorent tout d’Aristide Briand, les 2 premiers articles de la loi de 1905 sont sacrés – du non financement des cultes ?

 

« La laïcité est régulièrement invoquée face au voile intégral. Les exigences de laïcité sont, en fait, très différentes suivant les secteurs de la société. Dans son Avis de 1989, le Conseil d’Etat interdisait un port ostentatoire de signes religieux à l’école publique qui serait lié à des manifestations de prosélytisme, mais tolérait un port ne s’accompagnant pas de comportements perturbateurs. 

La loi de mars 2004 est allée plus loin, pour l’enseignement primaire et secondaire, mais – significativement - pas pour l’Université où les personnes sont majeures. Elle a donc introduit une dérogation, dont les effets se sont avérés ambivalents puisque cela a notamment induit un processus de création d’écoles privées à « caractère propre » musulman. »

« Cela montre en tout cas que les conséquences d’une loi ne sont jamais univoques et que certaines n’ont pas été, sur le moment, forcément totalement prévues. » Voilà donc, à nouveau, ce Baubérot maudit, seul membre de la commission Stasi à s’être abstenu sur l’idée de proposer une loi sur les signes religieux (entendez le foulard dit « islamique ») à l’école, qui en remet une couche. 

« Un troisième secteur de la société est l’espace public de la société civile, qui est à la fois un prolongement de la sphère privée et un lieu de débat, de pluralisme, de grande diversité d’expressions. Là, l’exigence principale de la laïcité consiste à assurer la liberté. Liberté et pluralisme dont nous avons une conception plus large qu’il y a 50 ans.

Est-ce à dire, pour autant qu’il n’y aurait aucune exigence de laïcité dans cet espace public de la société civile, et dans la sphère privée ? Je ne le pense pas.

Le Préambule de la Constitution donne les principes qui forment l’idéal de notre république, parmi lesquels l’égalité des sexes.

Chacun sait bien qu’il y a une distance entre réalité idéale et  réalité empirique.

L’objectif consiste à agir sans cesse pour réduire cette distance. Comment le faire ? Il est nécessaire d’opérer une distinction entre l’irréversible et le réversible. 

L’irréversible atteint l’individu dans sa chair, dans son être même.

Il induit une sorte de destin.

La puissance publique doit empêcher, autant que faire se peut, l’irréversible de se produire pour que les individus qui le subiraient ne se trouvent pas marqués à vie, pour qu’ils puissent avoir librement des choix personnels.

L’excision constitue un exemple-type d’irréversible.

La loi peut contraindre et réprimer. 

Pour le réversible, le respect de la liberté individuelle est une priorité, priorité limitée seulement par un trouble manifeste à l’ordre public démocratique ou par une atteinte fondamentale aux droits d’autrui.

Le réversible, concerne l’extérieur de la personne : ainsi, quelque couverte ou découverte qu’elle soit, il s’agit non pas d’elle-même mais d’une image qu’elle donne à voir à un moment précis.

Les vêtements, on les met et on les ôte, ils ne vous collent pas à la peau. »

« Depuis longtemps, la sagesse des nations a émis un constat d’une portée sociologique indéniable : « l’habit ne fait pas le moine ». » « Entre le permis et l’interdit, existe le toléré, où l’on combat par la conviction et l’exemplarité,  où l’on agit au cas par cas, pour veiller à ne pas être à terme contre productif.

Pour ce qui est réversible, réglementer, quand certaines nécessités de la vie publique l’exigent, est beaucoup plus approprié que légiférer.

Améliorer le dispositif social pour lutter contre des tenues subies est également important.

Mais une loi qui conduirait celles qui subissent le port du voile intégral à ne plus pouvoir se déplacer dans l’espace public induirait une situation pire que la situation actuelle.

Et, pour le voile intégral choisi, contraindre irait le plus souvent à l’encontre de convaincre, or il s’agit essentiellement de convaincre. »


Restons en à ce beau verbe « convaincre », user de la raison et non de l’émotion, de l’argumentation et non de l’anathème, de la conviction et non de la contrainte !

 

Source : http://jeanbauberotlaicite.blogspirit.com/archive/2009/10/21/mon-audition-a-la-commission-voile-integral.html

 

 

La vidéo de l’audition : http://www.assemblee-nationale.fr/13/commissions/voile-integral/voile-integral-20091021-1.asp

Les commentaires de Jean Baubérot : http://jeanbauberotlaicite.blogspirit.com/archive/2009/10/28/une-mission-parlementaire-boumerang.html

 

Par J.-F. Launay
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Mardi 22 septembre 2009

Cette célèbre phrase de Francis Blanche est reprise par le Sénateur Carle, à l’adresse des communes, dont des parents envoient leur progéniture dans une école privée hors commune. Ce sénateur  UMP, rédacteur d’une PROPOSITION DE LOI tendant à garantir la parité de financement entre les écoles primaires publiques et privées sous contrat d'association lorsqu'elles accueillent des élèves scolarisés hors de leur commune de résidence*, n’est pourtant qu’un épigone de son collègue Michel Charasse.


En effet, sans doute à l’issue d’un bon repas où un marc d’Auvergne accompagnait les volutes du havane, l’ultra-laïc sénateur (PS à l’époque, depuis il en a été viré pour de sombres magouilles) avait déposé un amendement de la même encre (l'article 89 de la loi du 13 août 2004 "relative aux libertés et responsabilités locales"). Les communes qui n’avaient pas d’école publique devaient participer au financement de ou des écoles publiques qui accueillai(en)t leurs enfants. Charasse eut donc la géniale idée d’étendre cette participation au bénéfice des écoles privées sous contrat. Le fait que les sénateurs de droite unanimes votèrent pour cet amendement aurait dû dissiper les vapeurs d’alcool de marc qui, à l’évidence, encombrait le cerveau du sénateur auvergnat.  Ce fut pain bénit pour le privé. Charasse eut cette explication surréaliste : c’était pour pousser les communes à créer une école publique sur place. Outre que beaucoup d’entre elles n’auraient même pas suffisamment d’enfants pour ouvrir une classe unique, celles qui s’y refusent, comme dans le bocage vendéen, ne peuvent que se réjouir de cet amendement qui les autorise à mieux favoriser encore l’école privée.


L’umpiste Carle reprend donc cette imbécillité charassienne. En y ajoutant bien sûr quelques assouplissements supplémentaires. L’un d’eux est particulièrement hypocrite. Même si la commune a la possibilité d’accueillir un enfant dans son école publique, la prise en charge d’un gosse dans le privé sera obligatoire dans la mesure où un frère ou une sœur y est déjà ! Donc, la famille paye plein pot pour le premier, mais après a droit à une participation communale. Assez vicelarde aussi est l’autorisation, pour les communes qui n’y seraient pas tenues, d’accorder volontairement cette participation à une école privée extérieure.  Sinon, s’appuyant sur une notion de parité plus que douteuse, il cadre le montant de cette participation.


L’article 89 comme la proposition de loi Carle rompt avec la Loi Debré (1959) qui ne mettait à la charge des communes que les écoles privées sous contrat d’association sur leur territoire. Les laïcs qui ont combattu l’article 89 ne peuvent que se battre contre l’adoption de la loi Carle qui l’aggrave. « La liberté d’enseignement invoquée par certains  n’implique aucunement de financement public. » (La Ligue de l’enseignement).

Mais n’oublions pas que c’est un soi-disant laïc qui a ouvert cette brèche.


* Adoptée par le Sénat, elle va être soumise à l’Assemblée nationale dans quelques jours.

 

Pour ceux qui gardent un souvenir ému de Francis Blanche, quelques extraits d'un spectacle hommage : http://cbhg.org/?p=5688

Par J.-F. Launay
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Mardi 15 septembre 2009

Toujours au hasard d’une recherche, je tombe sur un site belge (Le blog d’Henri Goldman) dont un article traite du voile et de la neutralité de l’état après l’élection au parlement régional de Bruxelles d’une députée* « voilée ». Plus que l’article, m’a intéressé le premier commentaire (reproduit intégralement ci-dessous) et le fait que les 70 commentaires étaient tous réellement signés (et non sous des pseudos plus ou moins ridicules). J’ai découvert que c’était une exigence** du blogueur dont Le Post et autres sites d’information, qui se veulent sérieux, feraient bien de s’inspirer. Gageons que par les laïcards congelés dans le permafrost républicain, ces belges seront traités avec le même mépris dont ils accablent les Québécois.


La laïcité s’accommode mal d’interdits. Son objet est l’apprentissage de la liberté, de l’égalité et de la fraternité et non de bâtir une forteresse fermée au reste du monde.

Ceci n’est pas un voile

posté le 5 septembre 2009 par Bernard De Backer

"Un signe a toujours deux faces", affirmait le fondateur de la linguistique moderne Ferdinand de Saussure. Le signifiant c’est la face matérielle, visible : un son, un dessin, un mot, un objet, un vêtement. Quant au signifié, c’est le concept, la représentation mentale d’une chose, auquel renvoie le signifiant dans un système symbolique (linguistique ou, plus largement, sémiotique). Ainsi, le signifiant « pipe » renvoie dans notre langue au concept regroupant une collection d’objets comprenant un fourneau et un tuyau, et avec lequel on aspire du tabac. Il y a évidemment d’autres signifiés pour ce même signifiant, c’est ce que l’on appelle la polysémie qui permet notamment les mots d’esprit. Quant à la pipe de mon grand-père maternel et toute autre pipe existante ou ayant existé, c’est le référent. C’est bien pour cela que le tableau du dénommé Magritte n’est pas une pipe comme il s’amuse à le peindre.


Venons-en au voile. Ma mère, née en 1913, portait un foulard (dénommé « fichu » à l’époque) très similaire à celui de Madame Özdemir*, notamment quand elle allait à la messe ou faire ses courses (elle n’était pas parlementaire). De même, la plupart des babouchkas que j’ai pu croiser dans les confins est-européens portaient un foulard. J’ai même vu des fonctionnaires d’autorité arborant le foulard en Ukraine, notamment derrière un guichet. Remarquez : on utilise le mot « voile » dans le premier cas, « foulard » dans le second. Le signifié est-il le même ? Dit-on des babouchkas qu’elles sont « voilées » ? Pas que je sache. Et quand on veut désigner spécifiquement le foulard porté par des femmes musulmanes, on précise « foulard islamique ». Donc le problème n’est pas du côté du signifiant matériel (le bout de tissu) mais bien du côté du signifié, c’est-à-dire de l’image mentale à laquelle renvoie dans l’esprit de beaucoup de gens l’objet symbolique en question. Un autre exemple est la svastika. En Inde, ce symbole renvoie à un signifié religieux, en Europe, après 1930, au nazisme. Dès lors, arborer une svatsika en Inde n’a pas le même sens qu’en Europe.


Quand le dalaï-lama rend visite à des chefs d’Etats et autres représentants de l’autorité dans nos démocraties, il leur file une écharpe blanche autour du cou. Ainsi pouvait-on voir récemment le maire de Paris se pencher devant le hiérarque de l’école Gelukpa pour recevoir « le voile tibétain ». Cela ne semble pas poser de problèmes (sauf pour les autorités chinoises et quelques laïcards congelés dans le permafrost républicain) et personne ne s’offusque de voir le maire socialiste faire une génuflexion devant l’océan de sagesse. C’est que « bouddhisme tibétain » est un signifiant dont le signifié est - aujourd’hui - auréolé de positivité, ce qui n’est pas le cas de « islam », pour diverses raisons. Dès lors, on peut difficilement imaginer la reine d’Angleterre se pencher devant l’Ayatollah Khamenei pour recevoir le voile islamique, même à usage très temporaire.


Le problème n’est donc évidemment pas le voile et le « bout de tissu » mais bien ce qu’il représente pour une population donnée à un moment de l’histoire. Si le policier UK peut porter le turban sikh, c’est que, dans le contexte anglais, ce couvre-chef ne symbolise aucune menace pour la démocratie anglaise, à tort ou à raison, peu importe. Cela peut changer dans les deux sens. Ainsi, il n’y a pas si longtemps, le bouddhisme tibétain avait très mauvaise réputation et les lamas étaient dépeints comme des monstres assoiffés de sang (voir les aventures de Buck Danny au Tibet : « Mission vers la vallée perdue »). Le maire de Paris n’aurait certainement pas reçu le Grand Lama et son écharpe blanche à cette époque. Si le signifié du voile change, ce fichu foulard ne posera pas plus de problèmes que la queue de cheval d’une policière ou la moustache d’un fonctionnaire d’autorité. Et comment faire pour changer le signifié, me direz-vous ? Et bien il suffit que l’image mentale à laquelle renvoie cet objet se modifie.

* Mahinur Özdemir  Elue au Parlement Bruxellois

** "Le forum de ce blog est accessible par abonnement, ce qui implique notamment que chacun communique sa véritable identité : on débat ici à visière découverte. Bien que la polémique, même dure, soit admise et même encouragée, l'administrateur du site se réserve le droit de supprimer les messages dans trois cas de figure : 1. En cas de défaut manifeste de courtoisie et de recours à l'injure en lieu et place d'argument. 2. Quand le message sort trop manifestement du cadre du sujet traité. 3. Quand l'intervenant intervient de façon répétitive en utilisant ce blog comme une tribune et non comme un lieu d'échange."

Par J.-F. Launay
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Samedi 12 septembre 2009


La petite phrase de B. Hortefeux (« un beur, ça va ! beaucoup, bonjour les problèmes !») buzze à plein sur Internet. Et le ministre de l’intérieur, à vouloir faire prendre les vessies pour des lanternes, se brûle !


Mais Michel Monpontet, dans son excellente rubrique « Mon œil » (FR2 samedi 13 h 15), nous conte une histoire mille fois plus scandaleuse.


L’histoire de Tonton Ali.


Ali Ziri, 69 ans est né en Kabylie, du temps de la colonisation. Comme beaucoup de kabyles, il est parti dans la métropole pour gagner sa vie. Pendant quarante ans, il a marné, vivant dans un foyer à Argenteuil et envoyant de l’argent à sa famille restée en kabylie. Une vie sans histoire.

A la retraite, il y a deux ans, il a rejoint sa Kabylie natale. Mais bien sûr, celui que, pour sa gentillesse, on avait surnommé Tonton Ali, avait gardé des copains à Argenteuil.


Pour fêter le futur mariage d’un fils, il revient donc en France. Le 9 juin 2009, après un apéro, avec son ami Arezki Kerfali (61 ans), sans doute un peu plus que doublé, il se fait raccompagner en voiture par cet ami.

Une patrouille de police les intercepte. Très vite, le contrôle aurait dégénéré. "Les trois agents nous ont menottés en nous brutalisant. Ils m'ont plaqué au sol et appuyé la tête contre le bitume", raconte Arezki Kerfali, en montrant les photos de ses hématomes. Il retrouve son ami Ali menotté comme lui et jeté sur le sol du fourgon de police. Lui et son ami auraient été victimes de coups et d'insultes racistes dans le fourgon. "Les policiers nous ont battus et traités de sales bougnoules".


Areski ne reverra pas Ali quand il sortira du commissariat : son ami a été emmené aux urgences (où il n’aurait été pris en charge qu’au bout de 40 minutes). Sa mort sera annoncée le 11 juin.


Une première autopsie conclura à un décès dû à l’alcool. Mais la famille obtiendra une deuxième autopsie qui relèvera de nombreux hématomes et une mort par asphyxie.


Dans quelques jours, Areski Kerfadi comparaîtra devant un tribunal pour outrage à agents. Les trois policiers n’ont pas été inquiétés. M. Hortefeux, prompt à châtier un préfet aux propos guère plus racistes que les siens, ne les a pas même suspendus par mesure conservatoire.


Et l’assassinat de Tonton Ali n’a pas provoqué de buzz.


http://13h15-le-samedi.france2.fr/index-fr.php?page=accueil

http://www.lexpress.fr/actualite/societe/vie-et-mort-de-tonton-ali_786131.html

Voir aussi : http://deblog-notes.over-blog.com/article-30779749.html

Par J.-F. Launay
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Jeudi 10 septembre 2009


Un « convent » (dans une association, on dirait Assemblée Générale) du Grand Orient de France, principale obédience Franc-maçonne vient de trancher contre la liberté pour les loges d’initier des femmes ; les cinq loges qui avaient, en 2008, osé initier six femmes sont donc désavouées. La masculinité du GOF est donc sauvegardée !

 

Il est vrai que l’âge d’or du GOF fut la troisième République : il joua un rôle de laboratoire d’idées notamment sur la laïcité et, en particulier, la loi de 1905. Mais une République qui, tout en concrétisant la déclaration des droits de l’homme et du citoyen par ses grandes lois sur la liberté d’expression, d’association, etc., contredisait le mythe de l’homme abstrait et asexué, car la citoyenneté, pas si asexuée que cela, ne s’élargit à la moitié féminine de l’humanité qu’en avril 1945, à l’orée de la quatrième République.

Le Monde fait parler un délégué du convent : « Dans sa loge parisienne, une "immense majorité ne souhaitait pas travailler directement avec des femmes. La loge est un endroit fermé, particulier, et nous souhaitons y travailler en masculinité", indique-t-il, récusant tout "sexisme". » (misogynie, ça serait plus juste ?) "Si nous initions des dames, rien ne dit qu'elles ne postuleront pas au conseil de l'ordre et deviennent, pourquoi pas, grande maîtresse !", rajoute un délégué bordelais de 68 ans. Honte et scandale ! imaginez une grande maîtresse !


Le grand maître, qui ne déparerait chez les jésuites, d’expliquer benoîtement : "Le travail des loges avec les femmes existe depuis 1974. Dans nos activités maçonniques et sociétales, nul ne peut dire que nous nous coupons de 50 % de la société. Seules 12 % des loges refusent encore de recevoir les femmes." 1945 vote des femmes, 1974 invitation de femmes dans ce que dans leur jargon, je crois, ils appellent « tenue blanche » qui n’a rien à voir avec la vraie réunion de loge.


À la fin du XIXe siècle et au début du XXe, les loges discutaient de séparation des églises et de l’état, en ce début de XXIe siècle, elles s’emparent de l’importantissime problème de la burqa, au nom de la dignité de la femme, indigne de fréquenter pour de vrai leurs loges !

Par J.-F. Launay
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